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Les ouvriers de la classe au peuple Après l’émancipation !

Jacky Réault

40 ans de sociologie ouvrière

1°) la seule étude historique et sociologique couvrant la totalité de l’histoire y compris actuelle, d’un milieu historique ouvrier sans rupture de mémoire sinon d’identité, Jacky Réault Les ouvriers nazairiens ou la double vie. Réédition complétée disponible sur ce site avec la légère variante du titre “ouvriers de Saint-Nazaire”.Article de référence du web.

2°)-Les Trente Glorieuses de la CGT nazairienne, Annales de Bretagne et des pays de l’ouest reproduit in extenso dans Persée

1. Persée : Les Trente glorieuses de la CGT nazairienne et les aléas… Jacky RÉAULT. Le premier propos de ce texte est d’analyser, en privilégiant les données électorales, … Jacky RÉAULT. l’éclatement du tripartisme 1947.
www.persee.fr/web/revues/…/abpo_0399-0826_1995_num_102_3_3834
3°) l’étude totalisante à l’échelle française de sociologie et d’anthropo-histoire politique que constitue Jacky Réault Nicolas et Ségolène 2007 ou le mystère de la Dame de Vix. (cliquer sur le titre)

4° Le travail salarié féminin à domicile une affaire de femmes et de milieux populaires pluriels. C R in Persée : Hesse Philippe-Jean, Le Crom Jean-Pierre (éd.), Le travail salarié à domicile hier aujourd’hui demainde M Lallement C’est l’article dont l’apport documentaire théorique et méthodologique est le plus souligné, – 1994 Revue française de sociologie. s’est tenu à Nantes en novembre 1990. Consacrées au travail salarié à domicile, forme d’emploi peu étudiée par la sociologie

5°)Un premier essai théorique publié Mondes ouvriers et peuples horizontaux communication de 1992 éditée par Deniot j avec Dutheil C, Métamorphoses ouvrières L’Harmattan 1995, réédition disponible par Google-book in extenso.(Supra)

6°) Formes de vie ouvrières et écosystèmes sociaux populaires de reproduction. Nantes Lersco Cnrs 1989 Les clés empiriques et théoriques d’une nouvelle sociologie politique sur uneanthropologie du peuple un et complexe, entièrement neuve qui sera notamment éprouvée dans Nicolas et Ségolène… (supra 3°, ).

7°) Ouvriers de l’ouest, in ATP CNRS, L’Ouest bouge-t-il ?Vivant Nantes 1983 (supra). Plus qu’une synthèse singulière qui fait date dans les sciences sociales, la mise en oeuvre de l’irréductible polarisation ouvrière, selon les degrés, les formes et l’ancienneté de la prolétarisation.www.lestamp.com/livre.ouvriers.de.l.ouest.jacky.reault.l.ouest.bouge.t.il.htm

8°)… et plus ancien sur un îlot de prolétarisation achevée en Basse Loire (Nantes), Jacky Réault, L’usine des Batignolles à Nantes. L’histoire d’une usine au 20° siècle, L’usine La “vie”. in Norois Revue géographique de l’ouest et des pays de l’Atlantique Nord. Octobre-Décembre 1981 N° 112, pp 661-673. Rééditée par Persée, disponible in extenso surwww.persee.fr/web/revues/…/noroi_0029-182x_1981_num_112_1_4006.

9°) De Nicos Poulantzas à Cornelius Castoriadis… (Supra, inActualité de la pensée grecque…).

10°) … Au principe, enfin, La prolétarisation inachevée, Les ouvriers de l’aire d’emploi de Saint(-Nazaire. NANTES LERSCO CNRS 1977

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Photo J. Réault Juillet 2003 copyright
Ultime Chantier naval de Nantes après le refoulement ouvrier. S’estompant dans l’histoire, la classe ouvrièreouvre une page blanche- Que faire de “la classe” du Lersco (JR 2005), refoulés de la ville (Nantes) par la bourgeoisie “culturelle”, périphérisés, les ouvriers empaysée s’auto-émancipent comme peuple par de nouvelles mobilisations privatives d’abord typique de laprolétarisation inachevée (vr aussi l’article Prolétarisation… du Colloque Lersco de 1992 in www.lestamp.com ) mais aussi collectives, de mondes et milieux populaires hétérogènes localisés, mouvement chasseur, révoltes d’usines aux délocalisations, et inséparablement de nation, nœuds de la crise politique de la représentation depuis 1984. Sur Nantes J Réault L’excès-la-ville ; cliquer articles inwww.lestamp.com
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PRELUDE (2009-2010)
à
Les ouvriers
de la classe
au peuple

Résumé des thèses avancées sur l’usage théorique et historique possible des mots Classe(s) Classe Ouvrière Peuple Milieux populaires.

Jacky REAULT Mai-septembre 2009

Après la “classe ouvrière” historique, dont, dans un ultime texte énigmatique que nous avons édité pour débattre, sur ce site en juin 2005)Jean-Paul Molinari s’était évertué, sur l’étrange commande de Michel Verret, à pérenniser l’appellation devenue anachronique, les ouvriers réels affranchis d’une séculaire et discriminatoire condition(note in fine), vivant au sein de formes de vie socialement variées, participent des cultures et desmobilisations privatives d’abord (primum vivere) mais collectives aussi et toujours plus par la manifestation quand le concert redevient national), des milieux populaires territorialisés de la France une et diversité (Braudel).

– Mobilisations…

-,.. pour d’abord leurs formes de vie, le chez soi (Bachelard et J Réault Amiens H-P, 5 décembre 2008) de leur prolétarisation conjurée dans les emboitements de territoires inégalement appropriables, valant mieux que l’en soid’une réduction économiste de leur identité ; le pour soi de leur conscience s’étant libéré de l’indexation à un parti politique les liant aux murs d’une usine de surcroît devenue aussi milieu populaire de facto différencié. (J R 1989)

– …pour et dans la société salariale (M Aglietta, A. Brender) française délaissée par leurs ex-représentants prétendant depuis 1983-4 (le tournant mitterrandien de l’indexation du franc au mark donc à échéance de l’asservissement de la France à l’appareil européen de la mondialisation) priver ce peuple ré advenu de sa souveraineté politique donc de la garantie d’Etat de l’indexation de la croissance au progrès social, de la normalisation du rapport salarial, par la Loi et le contrat, tout cela dénoncé comme défense corporative d’avantages acquis, puis comme ethnocentrisme nationaliste voire pire(1)…

– …au sein d’un peuple social trop abandonné à sa défensive localiste, la seule qu’il peut s’approprier face à la mondialisation, par l’obsolescence des confédérations syndicales et leur défection dans la résistance antimondialiste, – sauf lors de ses cycliques mobilisations sauvages (?) inscrites dans le temps long de l’histoire nationale-, périphérisé occultés politiquement disqualifiés dans l’identité négative à l’instar des rurbains, des ruraux, du mouvement chasseur des grèves perdues de délocalisation, ils sont toujours là, personnes, familles, lignages, voisinages, grand et petits pays. Ils sont virtuellement plus forts d’être (re ?) devenus et plus radicalement travailleurs libres (JR 2003), et normalement peuple dans toutes ses harmoniques, et relativement stabilisés quoique subissant, depuis 1983-1984, comme tout le salariat et la société même, pour autant qu’elle est abandonnée à la mondialisation, de nouvelles formes de prolétarisation, un peu plus cependant quand vient la grande crise. (2008-9). Cependant elle engendre aussi en France des mobilisations défensives radicalisées, intégrant la rationalité spéculative des managers du capitalisme financier en impliquant la publicité des media pour négocier des primes compensant au plus près possible leurs licenciements boursiers et délocalisateurs, fut-ce au prix de prise en gage de cadres, de produits, d’outils de travail voire d’usines. Modernité d’une antique action directe populaire au sein de milieux solidaires localisés (Jean Nicolas, La rébellion française. Seuil 2002) et toujours désormais contre un capital étranger et mondialisé se mettant en deçà donc du seuil de la common decency (Orwell).

Quand elle n’est pas portée par de vivants sujets de l’histoire supports d’un mythe fort, la classe n’est qu’un fétiche de l’intellectualisme scholastique ou de la nostalgie du marxisme stalinien ou trotskiste.

Si l’on peut penser sans doute heuristiquement comme classes, l’hyperbourgeoisie (D. Duclos) mondiale, ainsi que les classes parlantes et ou culturelles qui la relaient contre leurs peuples dans les grandes villes de l’archipel de la mondialisation, les sujets historiques de la résistance du temps de la mondialisation (JR, 2004), sont des peuples, non des classes : peuple politique (nation) (Ramsès Janvier 2008), peuples (tissus populaires) immédiats des milieux historiques d’habiter, de travail, d’aires d’emploi, (modalités du peuple social), vaste peuple sociétaldu socle culturel commun de mémoire et de langue, menacé par l’acculturation centrale programmée (Bastide), et l’injonction d’identité négative (E. Todd) ensembles de peuples au sein d’aires historiques de civilisations (F. Braudel), (exemple le retour politique des peuples latino-américains). Tous sont à inscrire dans les rapports sociaux de l’accumulation primitive continue (Meillassoux) plus ou moins nationalement valorisable mais surtout de l’accumulation générale du capital financiarisé pour la valorisation de l’inégalité du monde — à partir d’un centre (Braudel), là où git la contradiction principale donc la première clé d’intelligibilité.

L’ancienne dynamique de classe ouvrière (sans doute plus auto-dissoute par la libre ré identification ouvrière et la conquête, d’ampleur civilisationnelle de la vie privée, que broyée par une mondialisation abusivement fétichisée) peut-elle cependant rejouer, plus ou moins sur-jouée, autour de mémoires localisées encore vives mais surtout quand la mémoire de l’efficacité nationale pratique revient amorcée par un évènement fort ou un moment de cycle ? Qu’en est-il par exemple de la révolte des licenciés d’usines en 2009, du resurgissement d’un esprit offensif lors des mobilisations nationales du printemps finalement étouffées par les confédérations ? Ainsi dans l’aire d’emploi de Saint-Nazaire (cf. Les ouvriers de Saint-Nazaire ou la double vie), et chose étrange avec une majorité de jeunes gens disparus depuis si longtemps des mobilisations collectives ? Certes c’est le contexte de résurgence d’un vaste peuple social, sociétal mais surtout d’extension nationale dans les manifestations de fin janvier et du 19 mars, que peuvent exister ces résurgences plus ou moins “ouvrières”, voire “prolétariennes” (jeunes chômeurs) voire dans des réminiscences d’une culture de luttes de classes dont l’E Todd d’Après la démocratie, Seuil 2008)rêve le retour face à l’ethnicisation mondialiste(2008, op.cit.) que N Sarkozy hésite cependant à instituer au pays de l’Egalité républicaine. La crise générale du monde risque de multiplier ce genre de rejeu et d’interférences aussi bien qu’induire des formes totalement inédites à la fois régressives et/ou inventives. L’histoire bouscule souvent les sinistres fata de l’évolution, ce vieux machin du 19° récupéré comme idéologie de la mondialisation comme de la vacuité sociologiste pas seulement tourainienne. Si les rapports sociaux de la mondialisation imposent tendanciellement l’hégémonie du peuple national , c’est à dire politique (voir la constitutionnalisation de son intérêt national par l’Allemagne de 2009 tournant le dos au Monopoly fou de l’Europe fédérale des régions, c’est à dire des ethnies irréductibles), (ou d’alliances transnationales circonstanciées) dans toute mobilisation pertinente, il faut se garder de toute prophétie ; l’histoire, à l’inverse de la zoologique “évolution”, asile de l’ignorance sociologique comme du libéralisme ou de l’ex progressisme sur ce point convergents (Claude Michéa, Impasse Adam Smith, Climats 2002), exclut tout destin adjugé.

Entre survivances et résiliances

D’une part les appareils politiques et syndicaux de représentation populaire voire (post, néo ?) ouvrière, n’ont pas disparu quoique pour l’essentiel désubstantialisés. Jusqu’aux ex partis ouvriers, moins le PS irréversiblement rendu obsolescent par sa collaboration active au dépeçage de la société salariale française, qu’un PCF, certes nanifié mais relayé par une nouvelle extrême gauche, confuse et brouillonne mais dont la somme arithmétique (12 à 13 %) n’est pas si loin des formations très intégrées à l’ordre financier mondial (Verts Ecologie, PS), lors des élections européennes de Juin 2009, où la multitude du peuple s’est délibérément abstenu. Les confédérations syndicales devenues sauf exceptions régionales, minoritaires n’en gardent pas moins la capacité à se dilater et de faire encore figure lorsque l’ampleur des mobilisations d’entreprise ou de rue les contraint à accueillir l’échelle et le sens national régulièrement réactivés.

Présence ouvrière et transfert historique de mémoires de classe dans les mouvements populaires de plus ou moins résistance à la mondialisation en France

1995, 2003, 2010 constituent les marqueurs de cette capacité à renationaliser les résistances populaires en usant de la forme sociale instaurée par la conjonction du mouvement ouvrier historique et de la société salariale, le syndicalisme confédéré qui continue d’être résultante d’une centralisation parisienne forte de ses centres de décision et des initiatives de ses syndicats de base très autonomes gardant de facto une culture certes édulcorée mais par sur les principes de l’anarcho-syndicalisme plutôt que du syndicalisme révolutionnaire. Même si ce sont les positions acquises sanctuarisées dans la fonction publique et surtout , pour le secteur marchand ou marchandisé, les services publics, qui constituent les bastions de ces mouvements, on ne peut pas ignorer que ce sont le producteurs plus ou moins directs (énergie, transports, poste) qui constituent le fer de lance.

A l’automne 2010, même les media par ailleurs quasi monopolisés par le pouvoir financier doivent laisser à voir ces collectifs populaires à forte tonalité ouvrière et technicienne, aptes à tenir des positions d’une guérilla qu’on pourrait dire “de classe”, par les nuits les commandos de blocages des routes et des accès, les braséros fraternels. Le caractère national est alors manifeste il est donc politique et fait intervenir de vastes entités qui se dé-virtualisent dans ces actions directes, et qui rappellent les concepts de détermination d’une classe sociale mais si vaste et s’étendant si loin dans le salariat dont la majorité semble appuyer depuis 1995 ces grèves par procuration (sanctionnées par les sondages révélateurs des solidarités) que c’est bien le concept de peuple, inséparablement social national et sociétal (Réault 2009) qui s’impose, mais la culture de classe y resurgit plus ou moins rejouée et les ouvriers et leurs héritiers techniciens y donnent un moment l’essentiel de la tonalité.
Nous avions dans un moment historique intermédiaire (1992, Colloque, 1995, publication) avancé le concept à moyenne portée de Mondes ouvriers(3). D’autres ont avancé la formule de peuple-classe. D’autres ont avancé la formule de peuple-classe.Pourquoi pas si on n’oublie par le caractère à la fois indissolublement politique et national. Mais la formule nous paraît ambigüe et nostalgique. Mais seul le premier concept laisse dans la mondialisation et sur fond d’obsolescence historique irréversible de l’ex-classe ouvrière , la possibilité d’une ouverture et d’un avenir et pour le présent une capacité à garder vivante ce qui reste la forme conquise du 20° siècle et notamment des Trente Glorieuses, la société salariale d’un Etat nation, forme de constitution conquise, et forme de résistance, à la fois pratique et instituée des peuples désouverainisés dans la mondialisation et notamment dans la prison de nations sous tendancielle hégémonie allemande que semble devenir l’Europe. Le mouvement réel dans son ensemble, dans son extension nationale n’est plus et ne sera plus ouvrier mais les collectifs autonomes de la guérilla quotidienne qui tiennent les positions sur le territoire, et dans leurs traditions propres (Marseille Saint-Nazaire, Amiens etc…) dans les intervalles des grandes manifestations populaires touchant certes l’ensemble de la société mais toujours suspendues entre la protestation expressive et la messe d’enterrement, restent comme des microcosme vivants d’une force sociale ouvrière qui n’a donc pas disparu de la société n’a plus d’expression que localisée, mais constitue une composante stratégique de la résistance populaire nationale.
Une “politique du peuple” dans les écosystèmes sociaux de reproduction ?

Mais en dehors de ces grands évènements cycliques, qui constituent une singularité structurelle de l’histoire de France, le récitatif de la conjoncture sociale Braudel) de temps long est bien cette culture d’ action directe qui a resurgi de façon si pugnace dans la résistance ouvrière à la grande crise du capitalisme financier mondialisateurdès 2009, sous formes de de blocages d’usine voire de menaces de sabotages, et surtout de séquestration de cadres à qui l’on impute les licenciements multiples qu’engendrent la cynique gestion financière de la crise. Mais elle n’avait jamais cessé d’exister hors des moments de paroxysme, et plus modestement (donc structurellement) pour augmenter le pouvoir de marché des salariés dans une négociation réaliste. Cycles de mobilisation nationale résultante de mobilisations autonomes dans une conjoncture plus vaste, ou simples résistances localisées tout ne nous ramène-t’il pas à la grammaire historique de temps long d’une politique du peuple (Roger Dupuis Fayard 2002), dont nous avons perçu la vitalité souterraine jusque, scandaleusement, dans la victoire de Nicolas Sarkozy (JR Mai 2010)voire aux jacqueries tout autant et plus qu’à la coutume ouvrière du 20° siècle dominante au niveau national dans les confédérations de syndicats salariés ? Et c’est peut-être plus une invention rationnelle qu’une régression. Jusqu’aux abstentions massives de juin 2009 qui ne puissent être pensées comme action directe, activement politique (après le déni du Non à la constitutionnalisation européenne du libéralisme et l’imposition tyrannique du traité de Lisbonne), formant lien entre la politique du peuple spontanée dans sa tradition réflexive multiséculaire, la politique de scène nationale toujours plus désymbolisée et l’Etat nécrosé et humilié (l’obscène injonction d’août 2009 du remboursement rétrospectif de ses aides aux paysans) par l’appareil oligarchique libéral-européen. Il n’en reste pas moins que ce sont des ouvriers bien vivants singularisés dans des milieux et des mémoires spatialisées au sein d’écosystèmes sociaux populaires de reproduction (J R LERSCO NANTES,1989), qui resurgissent ainsi, avec leurs conjointes employées et leurs lignages populaires pluriels, certes fugacement, devant ces écrans d’infamie qui les ont refoulés depuis un quart de siècle. Si pour les media financiarisés le réel est //toujours plus //reporté à une date ultérieure, – selon la géniale formule de Philippe Muray de juin 2002 lors du sociodrame grotesque de manifestations contre le suffrage populaire, Le Figaro)-, n’est-ce pas toujours le processus réel qui l’emporte sur le temps long ?

L’œil du cyclope sera -t-il percé par la métis populaire et le bras ouvrier d’Odysseus l’homme au mille tour ? C’est de nouveau l’usine (désormais directement branchée sur la mondialisation et sa crise et donc radicalement désenclavée et précarisée). Mais pas l’usine fétichisée du marxisme. C’est comme condensation d’un milieu territoire et dans son tissu social, qu’elle engendre de fragiles mais robustes sujets-forces sociales qui semblent susciter dans une vaste opinion populaire commune et majoritaire du peuple sociétal plus de sympathique approbation que de rejet. Ne font-ils pas rejouer ce millénaire de révoltes cycliques (Jean Nicolas, La rébellion française, Seuil 2002) qui constituent un des axes identitaires de ce que les partis de gouvernement depuis 1984, les classes parlantes (le pitoyable crachat d’historiens de scène sur l’histoire de France le 24 octobre dans Le Monde au coeur même du mouvement national qu’ils vivaient sans doute les yeux crevés) et l’appareil européen se sont tant ingéniés à vouloir désymboliser depuis 1984, La France. Mais la disparition obstinée des usines, matrices d’organisation et de direction, n’est-il pas le processus dominant et de facto, la véritable catastrophe. Sans retour ?

Jacky Réault

Lestamp et Habiter-PIPS EA 4287 UPJV,
5 décembre 2008 Amiens, extrait de Retour réflexif sur les itinéraires de recherche) revu 13 mars 2009 et le 14 aout 2009

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TROIS NOTES APPENDICES CRITIQUES A PRELUDE

(Stéphane BEAUD? CONDITION OUVRIERE 2000

CONDITION POPULAIRE 2011)

(note 1 de 3 )

Voire pire….

y compris très précocement par M Verret (Où va la culture ouvrière Sociologie du travail 1989 -I- et notamment l’étonnante préface, véritable symptôme d’anthropologie régressive, au si Bel ordinaire de Joëlle Deniot, la seule ethnographie de la vie privée ouvrière réalisée à la fois par son auteur et son appartenance d’origine). Si nous lui devons pourtant la clarté de certains concepts analytiques avancés du temps des fondations de sa période nantaise au Lersco, dans son passage des périphéries de la “Basse Louise”, (comme il fantasme, par un prodigieux lapsus, la Basse Loire dans son oraison funèbre à J. P. Molinari dans l’Humanité d’octobre 2004), au centre parisien, id est le “haut du haut,” ne devint tout à la fois, hiérarchiste radical hanté par la seule verticalité imaginaire des “stratifications” sociales absolutisées, mondialiste, européiste.

Faute de “classe ouvrière” à diriger “de haut” vers une Union soviétique, (sa grande fascination biographique à ses propres dires à Bessin et A Madec 2005, (Paysages d’un sociologue de la culture ouvrière ), il inscrit ses actions et ses œuvres dans une triple défection : – à l’égard du premier Lersco et de ses travailleurs intellectuels associés dont nous fumes, – à l’égard de son primat philosophique matérialiste verbalement revendiqué du réel sur sa connaissance et désormais inversé, – à l’égard surtout des devenus les derniers de la classe, les ouvrier réellement vivant, qui par leurs enfants reproduisent encore un tiers de la nation et face à la trahison de leurs anciens représentants, continuent de fortement peser sur une vie politique dont le spectacle est inversé par les tenants des scènes, en prenant le parti du retrait furieux (abstention, vote Front national cote CPNT, vote extrême gauche, vote non à l’Europe des oligarchies, d’où leur ancien sociologue biographique les disqualifie ou les relègue dans une imaginaire “condition”, dans l’insulte suprême de la bien-pensance bobo cuisinée en l’occurrence par Nicole Notat, “la classe raciste”. , ou enfin dérive stalinienne s’il en est dans le refus théorique et pratique d’une vie privée ouvrière ou populaire. Cet interdit de la vie privée a été réitéré, toujours aussi méprisant en 2005( Busson-Madec Art. cit.) , vingt cinq ans après qu’il nous eut disqualifié et refusé un texte qui s’essayait à sociologiser cette hérésie marxiste, comme une positive conquête réussie d’accéder à la protection des formes de vie et modes d’habiter à l’égard de l’intrusion d’Etat comme du contrôle social de voisinage niveleur de comportements. ( J R Essais et Erreurs, La privatisation un acquis et une borne?. Lersco-CNRS Université de Nantes, 1978-1979), annoté par M. Verret. Nous n’en avons pas moins développé une problématique non rééducatrice de la privatisation (et de la déprivatisation) dans un cours de longue durée sur la sociologie des formes de vie. Mais c’était tout un pan de la thèse qui devenait interdit alors qu’il dessinait la vaste perspective d’une déprolétarisation, concept finalement interdit lui aussi. Nous ne nous en sommes rendu compte que trop tard. Dès 1989, (Les formes de vie ouvrière…LERSCO Nantes),° nous synthétisons notre vision dans le concept de mobilisations privatives, d’égale dignité anthropologique et sociétale à nos yeux que les mobilisations collectives, quoique désormais principales et au moins autant qu’elles , libératrices.

(Note 2/3) Retour, assistantialo-médiéval, d’une “condition” ouvrière, puis en rajoutAnt en 2011 une gluante “condition populaire” !

Le stupéfiant et anachronique retour de ce vocable de notables d’Ancien Régime (St. Beaud) “condition ouvrière” redoublés par ceux qu’il est tentant désigner comme les nouvelles dames patronnesses de la sociologie disciplinaire d’un “haut” se penchant pour voir un “bas” (M. Verret), et un “fragile”, (O. Schwartz, A. Collowald”, le redoublement de ce syntagme assistantiel dans l’expression absurde de “condition populaire” avancée plus récemment par 0 Schwartzl (Peux-t-on parler des classes populaires, in La vie des idées 2011), l’invention plus ancienne et non moins méprisante par Stéphane Beaud, dans Le Monde) d’une “classe paria,” d’une grossière ambivalence, sont-ils rien d’autre qu’une tentative politique et idéologique de ligotage historique, en détail des ouvriers anachroniquement désolidarisés du socle “populaire” (ici du peuple social), lui-même dissout dans les dénis et les mépris de l’antipeuplisme pour un peuple (social politique sociétal) devenu politiquement incorrect de pouvoir rappeler dans la mondialisation qui désubstantialise la démocratie qu’il reste le seul légitime souverain. Les sociologues participent au premier rang à cet effacement euromondialisateur. Serons nous qualifiés de populistes si nous remarquons qu’aucun n’a jamais eu de rapport direct et de relation durable et personnelle avec des vivants contemporains de la vie populaire et ouvrière. alors qu’ils se proclament et sont encensés par la discipline comme les papes de la question.

Pour ne plus pouvoir se couler dans les catégories recuites de la sociologie d’Etat des années 50, revues par les dispositifs différentialistes (concept d’E. Todd, P. A . Taguieff) de la 2° gauche des années 80, enseignée comme un catéchisme immuable et désamorcé, les mondes populaires et ouvriers (qui n’auraient plus de conscience d’appartenance selon Schwartz parce qu’ils ont “perdu” la classe ouvrière) sont n fine -punisde ne pas disparaître. corps et bien . On leur invente pourtant toutes les cages à évanouissement historique nécessaires, les exclus, les plus d émunis, les banlieues, les électeurs populistes (exclus de facto de la communauté nationale), etc.. Pour se faire la décomposition de la deuxième gauche a notamment engendré l’œuvre antipeupliste, dérisoirement diffusée à partir du Collège de France, de Pierre Rosanvallon, la décomposition du marxisme stalinien a engendré cette anti-anthropologie d’apartheid, le regard d’un haut sur un bas (infra) Les media et sondeurs plus sobres se contentent en général de leurs brutales CSP+ (plus) versus CSP- (moins) mais peuvent aussi basculer dans le regard misérabiliste méprisant et discriminant adjugeant une ainsi nommée classe modeste retrouvant le vieux fantasme bourgeois du pauvre soumis. La dite Science politique enfin, domestiquée depuis si longtemps, disqualifie les mal votants ou non votants d’un, à leurs yeux, survivant, suffrage universel, pour désymboliser unpeuple décrété “analphabète” pour refuser sa dissolution dans le maelström euro-mondialisateur en protestant par l’abstention ou le vote tribunicien contre le déni radical de leurs intérêts et de leur conscience nationale (Sur ce point lire l’invention si pertinente de “la classe culturelle” par l’Emmanuel Todd de L’illusion économiqueGallimard 1998, liant historiquement avec justesse conscience de classe et conscience nationale, avec Marx et contre le marxisme. C’était certes avant qu’il ne fasse un pas de clerc un peu confus en désymbolisant radicalement certes à juste titre La Gauche se survivant tout en rêvant plus loin son existence miraculeusement rétablie y compris pour exonérer les bobos des centres villes, aliénés à toutes les modes mondialistes dans les mœurs et le novlang, et noyau idéologique du mépris actif antipeupliste dans son Après la démocratie, Gallimard 2008) où il continue cependant toujours, rare exception, de s’exposer à penser.

(Note 3 de 3)

Le concept élaboré et appliqué à des recherches exposées, de “Mondes ouvriers”, pour nous complémentaire et non alternatif à classe ouvrière est l’objet d’une communication de J Réault dès le Colloque International du LERSCO, Crises et métamorphoses ouvrières en 1992, éditée en 1995 (infra). À l’époque c’est dans une certaine solitude que cette formulation était possible et le milieu disciplinaire n’était pas empressé à reprendre. Le Lestamp Université de Nantes entérine la conceptualisation plus générale, à la fois plus modeste et plus complexe, de Milieux Populaires, sans effroi pour sa lisibilité en certains sens communs, suscitant l’agressivité des snobs du jargon et des mandarins de l’orthodoxie para-marxiste. On ne sera pas mais on pourrait être plus précis. Désormais (2013)Mondes ouvriers serait à tout le monde et vient d’être curieusement approprié par un autre auteur sous le titre à prétention généralisante, De la classe ouvrière aux mondes ouvriers ? D’une part ce concept à moyenne portée ne nous paraît pas à la hauteur d’une alternative à l’immense sujet historique que fut « classe ouvrière », d’autre part le concept vraiment alternatif nous paraît toujours plus (d’où le titre de cet article) du registre du populaire que nous dénotons pour simplifier « au peuple » depuis au moins notre article de Norois (1995) sur la CGT nazairienne. L’article de Encyclopedia Universalis oublie de rendre à César… et nous semble historiquement outrepassé, alors que l’œuvre de son auteur Julian Mishi longtemps originale et inventive, avant de jouer à se fondre dans l’idéologie bourdivinesque de la “domination”(Nantes 2013), a puisé explicitement à plusieurs reprises, dans les écrits de J Réault en des temps initiaux. Les références respectives dans les deux œuvres montraient une estime réciproque. On espère une rectification lorsque l’occasion se présentera sansimaginer recourir aux hyènes de la délation professionnelle qui assiègent le monde universitaire en quête de lynchage politiquement orienté pour “plagiats”. (V

Le retour d’un “bas” dans la sociologie savant

Sur ce terrible fantasme si violent d’une polarisation de l’humanité entre un haut et un bas on renvoie à l’exergue joyeuse et désabusée / Ci-contre/que Denis Duclos avait faite à son texte le plus radical et inventif et depuis bizarrement oublié, “Naissance de l’hyperbourgeoisie.”

)…sur une aquarelle de Anne Réault,

Irruption de l’âne aux yeux rouges

“La vie n’a d’autre sens que l’allégresse du réel s’opposant au néant, nous dit le philosophe Clément Rosset. Mais nous autres, humains, supportons mal la joie spinozienne, et nous nous empressons de fabriquer un sens pour tous : tel celui du haut et du bas. L’histoire comme fiction semble être une lutte pour inventer un haut d’où l’on puisse surplomber les autres, comme s’ils étaient en bas; et, s’ils n’y croient pas, les y obliger”

Clément Rosset, Le Réel et son double, Minuit, Paris, 1976)Cité par Denis Duclos, Naissance de l’hyperbourgeoisie.

Le Monde diplomatique Août 1998
Jacky RéaultLes ouvriernazairiens ou la double vie

in Ecomusée de Saint-Nazaire, Saint-Nazaire et la construction navale 1993
Autres ouvrages cités

Jacky REAULT, Mondes ouvriers et peuples horizontaux in DENIOT DUTHEIL Métamorphoses ouvrièresL’HARMATTAN 1994

Dessin original de Anne Réault, copyright 2006

Les ouvriers de la classe-masse prolétarienne puis productive du stalinisme candidate pour l’appareil de “son” Parti à la dite dictature du prolétariat, au peuple de personnes pluriel et souverain, au moment où la classe politico(-médiatique et financière euro-mondialisée détruit la souveraineté de la France.

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Les ouvriers de la classe au peuple

Après l’émancipation !

Avertissement d’édition 2009

Outre l’essai axiomatique en forme de manifeste qui précède, on trouvera deux articles dans ce dossier.

Nous présentons dans ce dossier, outre l’explicitation axiomatique du prélude de Jacky Réault, deux textes : d’abord (désormais en pj PDF in fine) l’édition (juin 2005*) d’un important article posthume Ou en est la classe ouvrière ? de notre ancien collègue et membre éminent de temps long de deux des trois laboratoires dont nous procédons à Nantes, iJean-Paul Molinari, introduit par l’essai à la fois réactif continu puis tendanciellement généralisant qu’il nous Jacky Réault) a inspiré depuis lors. L’édition de l’article du 24 juin 2003 ne nous a paru représenter une sorte d’hommage véritablement vivant, – rendu nécessaire par la défection de l’institution universitaire pétrifiée où il avait œuvré trente deux ans malgré plusieurs engagements publics-, qu’accompagné d’une réflexion neuve, réactive et débatteuse à la hauteur de son goût des pensées fortes et au risque, que nous continuons de considérer comme moteur de tout progrès du savoir, du combat d’idées*.

D’où l’intitulé de cette première introduction critique Que faire de la “classe” du Lersco ?,en référence l’ancien laboratoire (1971-1995) dont il procédait et qui s’était précisément emblématisé par ce concept. Ce texte nous l’avons récemment étoffé à l’écoute des métamorphoses radicalisées du monde social par ce qui nous semble être la grande crise systémique du capitalisme financier alias la mondialisation version Guy Bois ou la globalisation version Emmanuel Todd. C’est ainsi que ce qui fut sur le site de sa première édition en juin 2005 (Pour un lieu commun des sciences sociales), une simple et courte introduction au texte de Jean-Paul Molinari, s’est transformé par l’entrainement intellectuel d’une interactivité publique en un essai transversal sur le devenir devenu problématique des ouvriers qui ne constituent plus une entité sociétale puisqu’ils ont victorieusement aboli, ce qui était une condition discriminante, à côté de la société et qui n’existent concrètement en cette année 2009 que dans des collectifs ouvriers rebelles, d’essence populaires dans croyons nous l’acception séculaire du terme dégagée par Jean Nicolas et Roger Dupuy et élaborée sociologiquement par nous mêmes dans notre ouvrage de 1989 sur les écosystèmes sociaux de reproduction populaire, et notre article sur les “peuples horizontaux” publié dans J Deniot Crise et métamorphose ouvrière (L’Harmattan 1995). Désormais, comme tout le monde les ouvriers participent de ce bricolage entre perdurance et métamorphoses au sein des sociétés de la mondialisation et plus modalement dans des milieux populaireshétérogènes et localisés qui constituent la marqueterie française sur le palimpseste des grandes partages anthropologiques de la France labourés depuis le 18° siècle par l’histoire du développement. Quant à la validité heuristique du concept de classe envisagée de et dans la société d’où nous parlons, la France, elle ne peut s’adjuger qu’ici et maintenant sous réserve de penser ensemble les nouveaux procès structurants (ou déstructurant) et la fluidifié des formes engendrées dans une conjoncture historique ouverte. On s’arrêtera d’abord un instant sur cette précision qui dans le contexte de la mondialisation des sociétés sinon des savoirs hégémoniques est tout sauf un détail. Les rapports sociaux de la mondialisation passent d’abord par les situations géopolitiques inscrivant les sociétés, économies, civilisations, selon la trilogie braudélienne trop refoulée des Annales d’avant leur banalisante sociologisation, dans… les centres, périphéries, centrages et décentrages de l’économie-monde plutôt que le système monde plus édulcoré d’une géographie cédant souvent à l’évolutionnisme. Point n’était besoin à un historien s’inspirant de Fernand Braudel, d’attendre l’article célèbre qui marque la publication annuelle de données géopolitiques et économiques, Ramsès, au seuil de l’année 2008, celle de la grande crise systémique*, et que Le Monde avait annoncé comme le retour des nations, pour savoir que l’antinationisme (P A Taguieff, E Todd) politique et théorique déjà absurde appliqué aux premières économies-mondes d’extension planétaires dès les 16° et 17° siècles, s’avérait gnoséologiquement d’une rare sottise du temps de la mondialisation précisément broyeuse de peuple pour autant que ceux-ci ne lui résistent pas. Ce contradictoire, processus politique de prédation spécifique des nations implique précisément de penser les résistances relatives dans les quelles elles profilent précisément la possibilité, cybernétiquement nécessaire d’une polarisation antisystémique centrée ou polycentrée. On laisse aux social scientists mondialisés de France, effectivement mondialement uniques en leur genre dans la dénégation de leur appartenance nationale, leur tabou de ce mot emblème d’un sujet historique millénaire plus résistant que leur soumission au vent du centre, pourtant déclinant. A parcourir l’actualité sociale du premier semestre de l’année 2009, la rébellion française, selon la belle expression de Jean Nicolas, n’est pas près de s’éteindre quoiqu’elle passe aujourd’hui, comme depuis mille ans par des révoltes modestes localisées isolées et pourtant inextinguibles et le plus souvent victorieuses sur leurs objectifs réalistes d’obtenir le maximum d’argent des financiers faillis qui en les licenciant tendent à désindustrialiser la France.

Le présupposé anthropologique social et politique d’un peuple singulier,

Nous avons intitulé l’essai complété et remanié en 2009 Les ouvriers de la classe au peuple, en référence à l’approche trinitaire que nous proposons ailleurs (peuple politique, peuple social peuple sociétal.). Le peuple national est on le verra le présent absent de son texte marqué par l’obligation d’identité négative nationale que la séparation de la gauche, y compris intellectuelle, et du peuple a induit. C’est pourtant dans le fil radicalement déterminé de la trilogie de Michel Verret, l’Ouvrier français, que JPM a produit cet article sur une “classe ouvrière” mais dont le titre a abandonné la spécification nationale alors que c’est bien des ouvriers en France en 2003 dont il traite, ouvriers particulièrement attachés, à l’encontre de leurs ex-représentants, à la souveraineté nationale de la France ; on reviendra sur ces proximités et sur cet écart. Nommer la France, l’Allemagne, etc. c’est du point de vue des sciences sociales que nous voulons rendre de nouveau interférentes et complémentaristes, et sous un seul mot affirmer trois spécifications. D’abord celle de la langue commune, celle la même où nous écrivons, notre principal vecteur d’expression et de diffusion et pour qui ce signifiant relie une multitude de chaînes dénotatives et connotatives de sens et d’émotions également constitutifs d’une connaissance sociale qu’il est absurde de vouloir absolument contre, et non en interaction critique mais respectueuse avec, le (s) sens commun(s). C’est ensuite une spécification générique, pour en analyser les structurations internes et externes (position dans la mondialisation et dans les rapports de civilisations) de tous faits sociaux quels qu’en soient les contextes, on doit les traiter et les situer dans la formation sociale où, combinés singulièrement, ils font société et cadrent l’espace du politique, via l’État ,entre représentation plus ou moins pacifiée de forces sociales et souveraineté. Le genre société n’en déplaise à A Touraine, a toujours une robuste nécessité anthropologique, version P. Legendre), historique, sociologique même, et plus encore dans la crise de dé(?) mondialisation – Juillet 2007- 2—- ?-. Enfin cette spécification est singulière, ce qui est un autre horizon des sciences sociales refoulé par un sociologisme refusant de penser la singularité, les structures de temps long les mémoires transmises, l’histoire d’un pays-dans-le-monde. La prise en compte des totalités sociales organiques singularisées, virtuellement sujets d’histoire, n’est-elle pas entre l’héritage anthropologique et le meilleur du Marx appliqué au concret réel (celui du 18 Brumaire par exemple) l’exigence absolue de tout discours de science sociale affrontant l’empirie d’une population territorialisée. Avec la France on considère donc une société nationale au proche bord de ce qui reste le centre de l’économie-monde, quoique dans une subordination mouvante, avec les fortes sédimentations internes et externes de son ex empire colonial. Qu’elle soit principalement structurée, – du point de vue des forces sociales (Nikos Poulantzas) tendant à condenser toutes les structures dans un rapport au politique-, en plus ou moins classes sociales à la fois organiques et subjectives, est affaire de (problématique de) sociologie contemporaine appliquée aux moments de cycles mondiaux et à la conjoncture historique. Cette structuration et cette éventuelle action déclarée, quoique à l’interférence de la conjonction des modes de production et d’échange sous l’hégémonie du capital financier(rapports sociaux de production (exploitation ?) et d’accumulation (prolétarisation) avec les rapports sociaux de mondialisation, centre et périphéries, centrage et décentrage est irréductible à la seule économie même différenciée dans les trois niveaux braudéliens, vie matérielle affrontant l’organicité de la nature, jeux de l’échange (marchés), temps du monde du capital mondialisé. Encore faut-il considérer aussi en interne, les centrages et périphérisation croisant l’antique partition ville -campagne revue et complexifiée (le rurbain) par la mondialisation.

On verra à ce dernier propos -socio-spatial -, qu’une fois de plus le sociologisme abstrait ou même le marxisme recuit et latent qu’imposait à JPM, sa commande parisienne ont occulté la diversité (Braudel encore) des sociétalités et aires civilisationnelles internes à ce pays, alors qu’il avait exprimé dans sa vie de chercheurs son ancrage biographique et intellectuel au sein de ce que nous qualifions de sociétés de l’Ouest français, et pratiqué, jusque dans sa thèse, nombre de nos travaux personnels au sein du Lersco puis du Lestamp, précisément sur les décalages historiques de l’accumulation primitive continue du capital (Cl. Meillassoux), imposant de penser les unités ouvrières concrètes (ménages familles lignages), leurs combinaisons en milieux populaires, et l’usine dans sa concrétude à l’instar des Batignolles de J. Deniot. Sauf dans cette épure des rapports sociaux d’avant la grande séparation historique de 1983-4, nos travaux avaient bien mis en évidence que plus qu’en “classe” discrétisée et autonomisable (et en dehors de moments exceptionnels) c’était dans les agrégats de degrés et formes de prolétarisation et au sein d’écosystèmes populaires de reproduction, dans les espaces temps singuliers de milieux, que les ouvriers développaient leur vie sociale privée et même collective. La recherche d’une intelligibilité singulière (anthropo-historique) d’emboitements d’unités pertinentes réellement (spatialement) quoique relativement, découpées dans le continuum social voire mondial et dans le mouvement du temps du monde, est tout pour le moins désormais plus requise que celle de généralités latentes (sociologiques ?) appliquée à des structures de classifications fixes que requiert seule la paresse sociologique instituée en scholastique. C’est en quelque sorte une science compréhensive et objective d’universalité concrète, toujours subordonnée à l’espace temps de conjonctures au sein d’une histoire, que nous revendiquons dans ce site, lieu commun des sciences sociales. Qui a dit que parmi celles-ci les sociologues étaient les plus ignorants de leur propre société ? Et par définition puisque la singularité subjectivable est leur tabou ! Ce n’est pas irrémédiable à condition qu’ils sortent de constructions artificielles abstraites closes ou pire dans l’homogénéité mortifère du champ. Comment donc parler des ouvriers en France, lieu commun référent bien vivant de notre échange intellectuel avec JPM, comme avec tout lecteur, et non “objet” constructible de sociologie disciplinée, sans profiler par quelques grands traits de quoi donc dans quoi, sans oublierd’où, on parle. Avec la France il s’agit encore en effet en juin 2003 comme en janvier 2009 à l’entrée dans la crise des crises, de la sixième ou septième puissance économique du monde ( La Chine vient seulement de passer devant) support de groupes industriels d’échelle mondiale qui localisent encore, dans le territoire français un tiers de son salariat ; plus surement encore c’est le seul État européen et même européen, où le vouloir vivre illustré démographiquement et à forte composante ouvrière- est porté et exprimé à la fois par un taux de fécondité viable . L’histoire de ce pays – pour faire vite en concrétisant l’essentiel : Ancien Régime, Révolution, Mouvement ouvrier, civilisation républicaine, revival résistant et gaullien, soumission euromondialiste des “partis de gouvernement”-, que ses élites de scène tendent à confiner dans l’identité négative, reste contradictoirement référentielle pour l’immense majorité de son peuple, ouvriers compris et qui le font savoir politiquement, et référentiel, pas seulement par la francophonie, pour des multitudes parfois antipodiques entre l’Europe de l’est et l’Amérique latine. Ce pays et ce peuple furent considérés comme le plus politisés (selon Marx qui conjuguait dans ce jugement, révolution (donc souveraineté du peuple) et mouvement ouvrier), jusqu’à ce que son intelligentsia, ex marxiste et désormais solidaire des media mondialisés, ridiculise, selon elle, ce propos. Cela se passait d’ailleurs, – et ce n’est certainement pour ce dont il est question ici, ni un hasard ni un détail -, dans le temps où elle inversait (1984, Vive la crise ) son regard sur les mondes ouvriers passant pour elle, du statut sociétalement unifié de classe mythique de la révolution fétichisée, à une inexistence d’agrégats nostalgiques amers pensant et votant mal et trahissant, s’il fallait résumer leur naïf propos, le primat de leurs constructions “objectives” à vrai dire plus scholastiques que sociologiques sur leur réalité historique incarnée de personnes vivante, de familles bien liées, de territoires vécus. La classe ouvrière, cette forme historique disparue, n’est un non-être contemporain que pour les idéologues (souvent des sociologues), pas pour les ouvriers contemporains dont l’être social et les possibilités de faire force sociales s’est redistribue ailleurs dans des les ensembles populaires d’une société (singulière) de la mondialisation.

Bref le fil du propos et des interactions critiques avec le texte de JPM, imposa corollairement de se situer aussi sur les grands concepts unifiant dont les ouvriers avaient été, selon la conception théorique que l’on se donne, les auteurs, les supports ou l’illustration : classe ouvrière et en deçà, problématique de classes sociales et description,ici et maintenant de classes supposées existantes. Une telle réflexion en chaîne se confrontait nécessairement, outre au texte si surdéterminé de JPM, avec qui l’échange est ici principal, à ses références bibliographiques devenues dans leur exposition, œcuméniques et consensuelles, (signe évident chez lui de lassitude biographique et/ou d’impératifs politiques), à l’égard des sociologies majoritairement dépréciatives et ethnocentrées (classes parlantes grand-urbaines) qui se sont avancées dans la discipline, comme spécialistes contemporaines des ouvriers, après le tournant historique de 1983-1984, à l’exception de l’ultime œuvre Le décor ouvrier de Joëlle Deniot, la seule contribution authentique à la connaissance de la privatisation ouvrière comme conquête civilisationnelle. Ces sociologies à prétention off, apparent progrès sur l’illusion de la co-immanence dans les sociologies précédentes “engagées”, rompaient en fait surtout le pacte solidaire qui liait modalement, du temps de l’ethnologie même d’avant la décolonisation, l’intrus “observateur” et ce qui était toujours d’une certaine façon métonymique ou réelle, le “peuple” observé. Un des intérêts de l’article de JPM est de se situer comme dans un lieu géométrique exposé entre d’anciens et de nouveaux regards dans un certain écartèlement donc, sinon, comme nous l’a involontairement suggéré un de ces regards le plus violent, d’une situation undercontrol. Si pour aller plus loin on considère en épistémologue qu’il existe un référent réel plus ou moins également inversé et occulté par l’idéologie de chacun de ces regards sociologiques, et pourtant éventuellement éprouvé dans l’expérience, notamment dans la sienne, la position de l’auteur étudié ressortit, quant à l’analyse, de la triangulation douloureuse du tripalium, cet engin de torture entre trois pieux à l’origine du mot travail. JPM ne doit-il pas écrire sous le contrôle des trois puissances instituées de la sociologie ouvrière vue par des bourgeois radicalement antipopulaires ( Michel Verret, Stéphane Beaud, Olivier Schwartz) sous l’égide du plus stalinien d’entre eux définitivement immobilisé dans ce que l’on peut qualifier d’exacerbation de son contre-transfert. On va donc considérer dans tous les sens du terme ce travail, tourment(s), et dépense de force humaine dans la transformation productive de conditions déjà données. En réalité comme toujours en sociologie, il s’agit d’un bricolage dans une certaine langue -plus ou moins de bois plus ou moins de vie-, d’un patchwork cousu main -de “faits” en l’occurrence la combinaison de noms (ouvriers PCS,) et de nombres chiffrés, qui plus est modalement liés par l’État ou des appareils politiques, – et de textes déjà existants eux mêmes tissus cousus mains etc. Mais ce propos de rappel à une modestie relativement relativiste ne va-t-il être exécuté par les locuteurs labellisés de la novlang disciplinaire, faciles à confondre parfois avec le comique troupier, d’écrits sociologiques d’avant la professionnalisation ? (J R janvier 2009)

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* L’article de J P Molinari publié sur ce site dès juin 2005, a en septembre 2005 été également intégré à un livre de Emmanuelle Dutertre, Jean-Bernard Ouedrago, François-Xavier Trivière, Exercices sociologiques autour de Roger Cornu. L’Harmattan septembre 2005. Roger Cornu fut une dizaine d’années membre du Lersco. Il figure dans ce livre sans autre commentaire. Sous réserve d’inventaire exhaustif c’est le même que celui que nous avions déjà édité. Roger Cornu a également été un critique radical, quoique sur d’autres bases théoriques et politiques que nous, de la “sociologie de la classe ouvrière” bureaucratique et un polémiste caustique contre son initiateur.

** Ramsès 2008 ifri, Thierry de Montbrial, Philippe Moreau Defarges.
***Le Lestamp avait en son temps honoré le départ en retraite de Jean-Paul Molinari par la publication d’un recueil de mélanges, Libre prétexte. Nantes Lestamp décembre 2001, disponible aux adresses mails de ce site. 20

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En suite et développement de Que faire de la classe ouvrière du Lersco ? (Liminaire (Mai 2005) à l’édition posthume de J P Molinari, Où en est la classe ouvrière.

Nantes Lestamp Juin 2003…)
Voir la PJ PDF in fine.

Les ouvriers de la classe au peuple

Après l’émancipation,

Jacky Réault – Octobre 2008 Mars 2009

Des mots pour le dire

Non dans l’éther d’une théorie abstraite

mais des mots datés

.
De la classe ouvrière aux ouvriers en milieux populaires[1] (plus larges que nos mondes ouvriers de 1992*) : genèses des idées, histoires de chercheurs et de laboratoires dans histoire de la France et du monde

*Anachroniquement repris dans l’Enclycopedia Universalis des années 2010, par J Mishi, qui plus est sans référence à nos travaux connus de lui et utilisés..

“Où en est la classe ouvrière ?”, Un fort texte, livré ci-dessous, in extenso, après cet essai, fut donné par Jean-Paul Molinari, en deux moments, au Lestamp par la dédicace nominale de tapuscrits à plusieurs de ses membres. C’est sa dernière version qui est ici présentée et qu’il avait remise personnellement aux participants du dernier séminaire du Lestamp auquel il participa le 28 juin 2003, chez l’ancien dirigeant de la CGT, Georges Prampart à Racapé au sud de Nantes, trois mois avant sa disparition. Nous publierons les documents photographiques qui ont illustré cette journée.

Ultime œuvre majeure[2] ce copieux article ou plutôt ce véritable essai, où l’apparent empirisme d’une sociographie se coule dans une sociologie très théorique, s’inscrit radicalement dans une filiation manifeste et remarquablement insistante de la part d’un universitaire plus que chevronné, et même institutionnellement retraité, à l’égard de Michel Verret qui fut l’inventeur et longtemps le propagandiste, d’une Sociologie de la ClasseOuvrière dont le Lersco (1971-1994), son Laboratoire d’Etudes et de Recherches Sociologiques, aurait dû à ses yeux être d’une certaine façon pendant plus de vingt ans comme la grande fabrique. Il le fut largement, mais son développement effectif s’avéra cependant plus sectorisée et l’axe ouvrier lui même dut s”intégrer, dès les années 80, et à notre initiative, dans un sous-ensemble intitulé milieux populaires localisés, où l’histoire, la géographie, l’ethnologie côtoyaient les approches sociologiques, selon une charte qui mettait déjà en œuvre sans l’exprimer explicitement, la pensée manifeste que le nouveau Lestamp alternatif diffusa très radicalement dès notre introduction-manifeste lors du Colloque Les sociétés de la mondialisation :.” Pour un lieu commun des sciences sociales”(3 décembre 2004 Nantes). C’est du Lersco en mutation accompagnant l’à jamais relative mondialisation du monde, que procéda d’abord le premier Lestamp- ea Université de Nantes, en 1995 intégrant le mot commun et scientifiquement transversal de milieu(x).Il avait déjà avancé, on l’a dit, par nous au sein du Lersco, et précisément dans le fil d’une certaine usure théorique et de la scission intellectuelle relative déjà pré dessinée donc, de son axe principal – entre post-classe-ouvriéristes et tenants d’un élargissement aux milieux populaires concrets dans leur hétérogénéité sociale, leurs cultures territorialisées en écosystèmes de reproduction populaire (JR 1989) et donc leurs espaces-temps. Dire d’entrée ici pour la clarté des choses que J. P. Molinari, quoique ayant intégré dans sa thèse L’adhésion ouvrière au communisme, des spatialisations régionales partiellement traitées dans l’esprit de ces milieux historiques que nous avions introduit dès 1977 (La prolétarisation inachevée, les salariés de l’aire d’emploi de Saint-Nazaire, Lersco-CNRS), était le défenseur verbalement radical du primat théorique d’un concept et d’un existant “classe ouvrière” et que nous (jr) étions porteurs, par formation, historien et géographe, et par réflexion de temps long, de cette science sociale transdisciplinaire dont les totalités concrètes expérimentées dans des espaces réels résistants, modéraient l’idéologisation possible puisque qu’irréductibles à tout sens de l’histoire, nouveau fatum toujours mort et toujours exhumé par une oligarchie d’intellectuels adossée à des néo-partis et des post-Etats. Cette complexification entre classes et milieux n’impliqua pas d’entrée d’entériner si tôt et si radicalement que lui, « la péremption du concept de classeouvrière » avancée en ces termes dès les années 80 par d’Alain Bertho étudiant la transformation de la banlieue rouge en banlieue. Si a posteriori et de par l’analyse historique nous datons désormais le basculement aux années 1983-1984 c’est subjectivement (pour nous comme personne et pour la majorité de la société) l’effondrement moral de la Gauche déclenché dès 1983-4, mais immédiatement neutralisé par le lancement mitterrandien du Front National, qui submergea finalement tout en 1993, et comme un coup de pied au fond de la piscine mouvement social d’un type nouveau, à la fois populaire et national selon l’analyse devenue classique d’Emmanuel Todd, de l’automne 1995 qui profila déjà la nouvelle grille d’analyse politique et sociétale du monde des sociétés centrales quoique subordonnées à la mondialisation américaine par l’appareil d’Etat dit Europe. C’est dans cette période que s’élabore un corpus conceptuel d’ajustement problématique très libres auxquels participèrent activement, en dehors de J Réault, Claude Leneveu et Joëlle Deniot et qu’eut lieu la gestation théorique. D’abord fragmentairement et sans unité dans le Lestamp EA de l’Université de Nantes, encore plombé par l’immobilisme des regards anciens (marxisme et féminisme d’Etat), puis très librement et systématiquement à partir de 2004 dans le libre Lestamp-Association, société savante alternative, notamment éditrice du sitePour un Lieu commun des sciences sociales.

1983-1984, 1992, la scansion politique et intellectuelle, 1993, la scansion globale : l’autre année terrible

L’orwellienne année 1984, suite en France et achèvement de la grande rupture des partis désormais ex ouvriers Parti communiste Parti socialiste, abandonnant par leur asservissement au mark allemand malthusien, la souveraineté de l’Etat national français sujet historique présupposé (Marx, Todd) de la classe ouvrière historique en France dans l’entité institutionnelle conquise de la société salariale, constitue la première césure. Tendanciellement il n’y a plus de sujet historique face à la mondialisation inaugurée par la réaction thatchérienne et reaganienne à la fin de cycle de 1974. La même année Joëlle Deniot publie ce qui restera la seule monographie d’usine ethno-sociologique, où la fin de cycle du volontarisme communiste a fait perdurer jusqu’au désespoir une culture ouvrière prolétarienne cependant accrochée aux métiers, La coopération ouvrière à l’usine des Batignolles et Jacky Réault Ouvriers de l’ouest où la mise en espace des formes de vie et de mobilisation ouvrières révèle l’irréductible polarisation entre les ouvriers de première révolution industrielle, essentiellement de l’est de (la fameuse et pertinente ligne de l’histoire du développement), Saint-Malo-Genève et dans quelques îles urbaines à l’ouest, prolétariens étatistes baignant dans leur culture singulière dépecée par la désindustrialisation prédatrice et les prolétaires inachevés engendrés par les Trente Glorieuses sur les sociétés de la dépaysannisation tardive. Ce partage plus large que les univers strictement usiniers constitue de par la reproduction élargie de ses effets dans les conjonctures successives de la mondialisation et de la désouverainisation, constitue la différenciation principale des milieux populaires spatialisés ou s’inscrivent les formes de vie des peuples travailleurs dans la substitution d’un Etat social à celui de société salariale. En 2007 ( J Réault 2007, 2010) il dessine la principale ligne de partage politique de l’élection de toutes les réminiscences. La fin de l’Union soviétique (1989-1991) mais surtout sa désymbolisation anticipée dès les années 70 par l’invention d’emblée mondialisée de société du Goulag, poursuit son cours parallèlement. Il a sa logique propre, son interférence contribue au défaitisme des derniers carrés communistes historiques des ouvriers prolétariens politisés, mais il n’est pas central sauf à penser, ce qui n’est pas totalement dénué d’heuristique que c’est l’obsolescence réelle du mythe communiste et soviétique qui a permis la transformation du procès capitaliste de mondialisation en politiques subjectivées et la réémergence d’un lieu central de la mise au pas des sociétés et des travailleurs.

Le thème délirant d’un retour des classes en serait totalement ridiculisée si les sociologues qui l’évoquent avaient gardé la moindre sensibilité historique. S’il faut, après l’obsolescence des sociétés nationales de classes, désigner un concept englobant pour donner l’optimum d’intelligibilité relative aux nébuleuses sociales (Réault 1984) qui dans une conjoncture donnée peuvent certes devenir ponctuellement forces sociales (Poulantzas) au sein d’ensembles spatialisés lâches d’attributs populaires larges, interférences des trois acceptions du peuple, plus communs que clivés, on ne peut qu’avancer qu’il s’agit de positions de prolétarisation dans les processus d’accumulation du capital des sociétés de la mondialisation. (J Réault 2004) de plus en plus surdéterminées par des défensives identitaristes, “culturelles” (?) sous couvert de mémoires historiques re construites, , ethnicisées par le regard devenu hégémonique du primitivisme allemand étayé sur une rechute du différentialisme américain,(E Todd 1995). La forme de vie en est plus que la position dans les rapports de production l’unité réelle, cette aporie réelle de l’individuus divisible. Elle est dans des rapports variés aux lignages aux voisinages et à l’Etat, la base principale non seulement d’attributs passifs comme l’étaient ceux de la propriété dans la problématique de classes, et d’abord ceux des possessions et des liens d’entretien mutuel, mais des mobilisations privatives interférant dans la primatie de leurs perspectives, avec les mobilisations collectives qui perdurent erratiquement sans sujet central, et les mobilisations nationales sauvagement désymbolisées par l’invention oligarchique du populisme. Avec ces dernières, dont la contr’offensive serait la seule possibilité d’une résurgence des cultures de classe, – Que réserve la crise planétaire du capitalisme mondialisateur qui a fait irruption à partir du centre américain en 2007 ?

La scansion intermédiaire la plus spectaculaire de cette mutation, dans la réalité sociétale et politique avant de l’être dans note conscience sociologique exprimant dans l’immédiateté contemporaine l’obsolescence morale achevée de la classe ouvrière avait été l’année terrible de 1993, économiquement la pire du 20° siècle, la manifestation la plus radicale du style social de la mondialisation dans les sociétés centrales au moins jusqu’en 2009 à partir de la quelle tous les records de l’histoire universelle seront d’évidence battus. Profitant de la dépression consécutive à la première Guerre du golfe, hystérisée en Europe par le déflationisme vieux rentier d’une Allemagne oliganthropique, scellé dans le Traité de Maastricht, les dirigeants des groupes financiers mondialisés demandent à leurs cadres encore nationaux de s’éprouver dans – en globish dans le texte comme il faut désormais dire, ‘- le downsizing (exercice de réduction drastique des effectifs, droit d’entrée des cadres dirigeants dans l’oligarchie des managers d’échelle mondialisée selon Denis Duclos) et -lereengeenering (exercice de dislocation de la division du travail devenant “organisation”, pour briser les coopérations salariales et surtout ouvrières (Joëlle Deniot 1983, Anthropos) et les groupements traditionnels des travailleurs). Les collectifs usiniers réduits et démoralisés par dix ans de fermetures d’usines et d’écrémage par les préretraites socialistes de leurs militants chevronnés, désormais sans représentation politique fiable (- le PCF ne s’adresse plus à la classe ouvrière, ni même aux ouvriers mais “aux gens”, le PS a tout livré à l’Europe multiplicatrice de mondialisation)-, furent traités souvent sauvagement par des licenciements aussi massifs que cyniquement ignorés par un pouvoir socialiste partagé entre un irréversible effondrement intellectuel et moral de parti de gouvernement euromondialisé et l’abandon de la souveraineté monétaire et économique par l’intégration européenne du mark déflationniste et de la croissance interdite, principales clauses du Traité de Maastricht. Cette fois ci la crise se résolut par l’innovation historique radicale (à ce degré là) d’une révolte politique exprimée dans de massifs votes à droite et à la dite extrême droite du Front National, suivi du symbolique suicide le 1° mai de Pierre Bérégovoy, et non dans une ultime flambée de définitivement feus les partis ouvriers.

Dès 1992, le vote Non au referendum de Maastricht, essentiellement ouvrier paysan et sudiste (sur l’aire électorale séculaire, désormais partagée avec le Front National le CPNT, de la gauche historique abolie, sur la petite propriété paysanne libre et liée à la dynamique des villes depuis l’empire romain), qui avait failli l’emporter à quelques milliers de voix près, avait marqué les nouvelles frontières de la résistance à la contradiction principale des nouveaux rapports sociaux mondialisés. Toute analyse politique et sociétale qui n’intégrait pas ce nouveau front s’avérerait définitivement un leurre. Des leurres, il en vint beaucoup, de l’imbécile “fin” du travail, par celle du salariat, en passant par l’économie immatérielle et le village mondial des fantasmatiques et réelles à la fois TIC. Certes une révolution schumpétérienne dans la technologie et dans le contrôle social des multitudes, mais rien qui dessine l’ombre d’un dépassement par des rapports sociaux “supérieurs”.

1992, du point de vue de l’histoire des collectifs de chercheurs engagés sur les grandes mutations des mondes ouvriers et populaires, c ‘est l’année même du dernier grand colloque international du Lersco que nous avions conçu et co-organisé J Réault, JP Molinari Joëlle Deniot, Roger Cornu. L’intitulé, Crises et métamorphoses ouvrières (Université de Nantes-Lersco, édité à l’Harmattan à l’initiative de J Deniot assistée par C Dutheil). en avait été plutôt lucide quoique ayant reculé devant le constat plus radicalisé de la fin d’une identité collective et d’un mythe[3], les deux faces de tout grand sujet de l’histoire, un concept historiciste peut-être, aux yeux d’une critique marxiste mais devenu dans la chosification générale du monde par la mondialisation, la mercantilisation et… le sociologisme, un concept réactif d’une grande urgence anthropologique autant qu’intellectuelle. Une autre fin suivit de peu, celle du Lersco lui-même. Certes son concept était mort, et probablement mort-né mais ses dizaines de membres constituaient encore une force inventive vigoureuse. Ce ne fut pas mort naturelle mais mobilisation active ou passive de ses anciens directeurs désormais alliés entre eux et avec ce qui se manifestait désormais, à l’Université et au CNRS dans tous les domaines (pouvoir argent postes, recherchés exclusivement) comme le clan bourdivin. Cette alliance se manifesta à Nantes à l’égard du Lersco et s’obstina contre ses héritiers fondant le Lestamp EA de l’Université de Nantes jusqu’en 2004, comme un vulgaire et brutal dépeçage accompagné de multiples spoliations et se couronna dans le bouquet final d’un blâme universitaire à sa directrice qui avait osé rompre la loi du silence habituelle sur ce genre d’agissements. Michel Verret voulait garder un monopole personnel du propos sur les ouvriers dans les sciences sociales et lui qui n’avait de sa vie mené la moindre enquête personnellement fit tout pour que la nouvelle directrice auteur de la seule grande enquête usinière devenue thèse, et d’une thèse d’Etat également ouvrière, perde tout pouvoir et moyens sur l’héritage sociologique nantais qui amorça une longe décadence et une inextinguible guerre civile. Exit le Laboratoire d’Etudes et de Recherches Sociologiques sur la Classe Ouvrière.

De la fin du Lersco était malgré tout surgi ce Lestamp (1995-2004) autour de cette nouvelle directrice, Joëlle Deniot, dont l’œuvre fournissait le lien manifeste entre les cultures de recherche qui s’étaient succédées sans d’ailleurs s’abolir, de l’usine à la chanson française en passant par le décor ouvrier ; sa modalité propre de lieu commun des sciences sociales agrégeait à la sociologie, l’anthropologie, la philosophie, l’histoire et l’expérience de l’art. Sans expliciter d’entrée quelque rupture radicale (d’ailleurs contradictoire avec la complexité historique et inégale des métamorphoses sociales et notamment ouvrières), cette fondation intégrait, sur fond désormais explicitement perçu de mondialisation (J Deniot, JC Leneveu J Réault), le programme possible d’une ré interrogation historique et anthropologique du concept de classe et d’abord de ce collectif sociétal et politique inséparablement réel et mythique, indigène et accaparé par des appareils de pouvoir et/ou de savoir, encore dit dans les Universités sinon dans la société, classe ouvrière. Sa centralité très obsessionnelle chez le fondateur du Lersco, était certes définitivement abolie pour la majorité des membres du nouveau laboratoire (mais certes non pour JP Molinari, fidèle expression de M Verret), comme pour la majorité des observateurs mais elle continua de se reproduire dans la société par le simple effet de volant de la répétition scolaire figé en scholastique par l’institutionnalisation d’un agrégat de commodité dit Sciences Economiques et Sociales, originairement confiné dans l’enseignement secondaire mais qui par une de ces inversions historiques dont la période est féconde en vint à devenir une force sociale pesant sur la recherche universitaire elle-même. Pour le Lestamp, il s’agissait désormais d’explorer dans un cadre théorique ouvert d’une sociologie pensée comme ensemble des connaissances que l’on puisse complémentairement collecter sur les sociétés dans leurs espace-temps (et non comme la discipline homogène avide de systèmes théoriques achevés et se réfugiant dans le vide méthodologiste radicalisant sa clôture exclusive), des univers redéfinis en concepts plus souples et plus pérennes à la fois, fortement dénotés en extension comme en compréhension dans le sigle identifiant des Transformations et Acculturations des Milieux Populaires (J Réault), même si l’institutionnalisation autoritaire des carrières obligeant, le nouveau laboratoire était toujours affiché Sociologique. L’éternisation de formes telle qu’une classe ouvrière, sous prétexte de maintien bien réel de rapports de production capitalistes, laissait la place à une dynamique des métamorphoses centrée sur les acculturations tandis que le concept de milieu, marginal dans le Lersco devenait le marqueur d’une ambition à moyenne portée, – quoique essentiel garde-fou contre une nouvelle idéologisation, sans qu’ait pu être réglée radicalement ni la question de la perdurance de classes, ni l’explicitation et donc la réélaboration théorique si nécessaire du populaire dont la polysémie, prétexte à son abolition, impliquait un travail théorique neuf adapté à ce moment de radicalisation du rapport de la mondialisation avec les sociétés, les peuples, les cultures, et jusqu’à la conception de la personne. Malgré la pertinence de son travail de re problématisation, la valeur et l’expérience d’un noyau de chercheurs de maturité autour de J Deniot, le Lestamp resta un agrégat relativement indéfini, tiraillé entre les ambitions parisiennes d’un normalien qui s’empressa de déserte, la clôture problématique d’un groupe féministe, et le double jeu du relai de l’ancien directeur du LERSCO qui avait dès 1999 décidé sa disparition et qui en 2003 frappa le grand coup de la mise au mur de la directrice du Lestamp, puisque la qualité du travail fait dans le premier quadriennat avait induit malgré lui une évaluation favorable au renouvellement. Olivier Schwartz réintégra les cercles parisiens du pouvoir disciplinaire en ayant abusivement monopolisé la notion devenue sous son regard paternaliste, d’ailleurs très indirect, de vie privée ouvrière qu’avait pourtant révélée à la fois savamment et de l ‘intérieur, et sans aucune idéologisation l’ethnographie de Joëlle Deniot que Michel Verret contraignit à publier sous le vocable, réducteur de Décor. Cependant si Olivier Schwartz resta l’homme d’une seule œuvre (Le monde privé des ouvriers), entre ethnographie indirecte et condescendance directe de plus en plus misérabiliste en convergence avec M Verret et S Beaud, Joëlle Deniot entamait une troisième œuvre sur la chanson populaire, via la chanson réaliste dont l’emblème lui fut substitué et maints contenus pillés par une comparse qui prit à Grenoble grâce à ce haut fait, le nom et les fonctions universitaires d’Alain Pessin, le théoricien éternisé d’un opportun “mythe du peuple”. J Deniot sut une nouvelle fois conjurer ce complot et élaborant dans le Lestamp alternatif, et à partir d’une ethnographie compréhensive et transdisciplinaire du populaire, une nouvelle anthropologie de l’art sans et même contre la besogneuse et stérile sociologie de l’art, trop souvent modalité universitaire de la mort (au sens d’assassinat) de l’art même.

La conscience de cette ligne claire et de ce programme ne put vraiment s’exprimer que huit ans plus tard dans la fondation dès juillet 2004, d’un laboratoire alternatif, le Lestamp association, après la liquidation plus violente encore de l’EA Université de Nantes et la fuite éperdue et bienvenue de qui n’imaginait pas de penser exister agir sans tutelle institutionnelle, politique ou sectaire. Sans argent sans pouvoir institutionnel, dans des situations d’interdit professionnel à diriger des thèses dans le fil de l’ultime décret Lang sur les Masters radicalisé par un usage très Ouest profond de la décentralisation, le Lestamp association épuré de ses poids morts et libéré de toute dépendance devint avec l’alliance intellectuelle de Jacky Réault et de Joëlle Deniot, que rejoignirent Pierre Cam, et de plus loin Bruno Lefebvre, le champ libre et fécond d’une nouvelle donne théorique (et le support de deux mastères quoique institutionnellement et par complot tout fut fait pour saboter). Cette culture de laboratoire était à fois héritière de la partie restée vive de l’histoire antérieure depuis l’origine (les totalités concrètes d’espaces-temps populaires, replacées dans l’emboitement mondial – y compris national- des contextes, et de la féconde activité de J Deniot, convergeant dans le refus corollaire des découpages spécialisés de la sociologie disciplinaire), Une anthropologie historique plurielle des milieux populaires) fut totalement ré élaborée à l’expérience de la Nouvelle époque. La mondialisation envisagée comme broyeuse de sociétés et de classes et comme machine folle dé dédifférenciation des cultures nations et civilisations voire des sexes et des âges et qu’il faut bien enfin nommer désormais (nous l’avions déjà mise avec la conclusion de J Réault, Ouvriers de l’Ouest, au centre de nos analyses des transformations ouvrières dès 1983) ne se trouve jusqu’à l’acmé épouvantable du 11 septembre 2001 que des adversaire radicalement inaptes à devenir une force antisystémique alternative malgré la base populaire dans la première périphérie de l’islamisme radical (Burgat) et la résistance active mais occultée (par le vote frontiste et l’abstention), des peuples centraux. Certes, des composantes possibles d’un nouveau mouvement social et politique assez consciemment orienté autour de cette contradiction principale (la mondialisation et non le seul rapport salarial), avait surgi, en France même, mais en ordre dispersé et sans convergence possible, de la révolte rurale emblématisée dès 1984 par le mouvement chasseur (étudié sous cet angle dans la communication de J Réault en 2002 au Lestamp), de la quasi victoire, en France dès 1992, du Non à l’Europe passeur de la mondialisation, de la révolte du peuple encore stabilisé de l’automne 1995, mais il fallut attendre les années 2000 pour qu’un lien entre des expressions politiques pertinentes (2002, 2005) et différentes modalités d’expression du populaire et d’un peuple, devint manifeste sans cependant pouvoir stabiliser politiquement des victoires telles le Non au dépeçage des nations européennes en avril 2005. C’est dans ce contexte, ainsi rapidement brossé, que les travaux des chercheurs du Lestamp-Association durent situer leurs travaux en investissant leur expérience des mobilisations populaires plus sur la culture les formes de vie et les défensives de l’emploi salarié, que sur un sujet collectif éclaté après l’évanouissement historique, et nous le disons désormais clairement, finalement heureux, de la classe ouvrière. Privés d’appareils de représentation dans l’Etat et dans la mondialisation, les ouvriers n’avaient désormais que faire de leur mythe collectiviste étatique et rédempteur de l’humanité. Leur âge positif comme composante de toutes les modalités du peuple (politique social sociétal), s’était inauguré au moment même où leurs représentants les trahissait dans l’antipeuplisme et l’idéologie de l’identité nationale négative. Pour reprendre une de leurs plus inusables formules historiques antérieure, ils savent depuis longtemps qu’ils ne peuvent compter que sur eux mêmes pour s’émanciper dans la vie séparée, d’une civilisationnelle modernité, et dans la vie publique au sein de leurs immédiates ou plus distantes appartenances populaires. A l’exception des grands mouvements sociaux tels celui de 1995, et surtout de leurs votes conséquents mais éclatés, aucune expression politique unifiée n’a pu encore surgir de la nouvelle résistance, à l’exception de l’exceptionnelle victoire du Non au referendum européen de 2005, et surtout abstraction faite de leur obstination électorale multiforme qui atteint en juin 2009 dans les 60 % d’abstention à la comédie de l’élection à un “parlement européen” où ne s’agitent depuis longtemps, avec des pouvoirs totalement délégués à l’oligarchie financière de la “commission”, que les serviteurs de cette oligarchie.

Des forces antisystémiques semblent au niveau mondial surgir aujourd’hui avec les grandes nations-quasi-civilisations dans la crise systémique mondiale manifeste dès l’été 2008. Mais, contrairement à la situation issue des grandes révolutions du 18° au 20° siècle, aucune des puissances qui ainsi surgissent ne peut se présenter, jusqu’à présent, avec un discours universalisable apte à fédérer les multitudes de dépossédés qui vont surgir dans les différentes sociétés, de la crise qui court avec une sidérante rapidité, quelle que soit l’importance historique, toujours sans relai stabilisé des révoltes populaires, électorales et pacifiques, des Présidentielles françaises d’avril 2002 et surtout des non à l’Europe mondialisée de 2005 en Hollande et en France. Les observateurs les plus compromis dans la pensée unique inaugurée vers 1984, verrouillée apparemment en 1992 (Traité de Maastricht) mais déjà bousculée en France à l’automne 1995, ne peuvent cependant plus échapper au questionnement problématique d’un retour des peuples, déjà théorisée aussi avec une brillante anticipation par Emmanuel Todd dès l’automne 1994, mais qui en reste à exprimer des modes de révolte voire de résistance plutôt qu’un mode de résolution de la crise engagée, crise de la mondialisation, crise du carcan bureaucratique et financier qu’est l’Europe, mais crise plus générale aussi des horizons civilisationnels et politiques d’un dépassement par le haut.

Nouvelle époque, nouveaux concepts nécessaires, mais pour le Lestamp continué, ils s’intègrent dans le fil de ses propres et anciennes élaborations que certaines autorités institutionnelles – jusqu’à un président d’Université qui engagea contre J Deniot une procédure de blâme, lui renvoyaient comme “passéistes” et qui pourraient s’avérer comme les plus radicalement éclairantes des mobilisations réactives au processus contemporain. Le Lestamp n’a t-il pas réintégré autour des peuples et du populaire considérés comme des objets théorico-historiques à jamais problématiques, hors de toute dogmatisation, à la fois le mouvement (processus et surtout histoire vivante continuée notamment des salariats, des paysanneries et peuples ruraux, des nations et des langues nationales au sein de la mondialisation) et les socles anthropologiques fondamentaux de la raison humaine et d’une humanisation différenciée, pensée comme système de défense face à la crise violente toujours latente, immanents aux formes de vie populaires, considérées comme mobilisations viables et cultures activement performatives. Mais ce populaire du Lestamp, ne se réduit pas au fractionnement d’ainsi nommées classes populaires (unifiés par le rapport au travail et à la famille ?), en un mot au peuple social, au sein duquel se sont fondus les ouvriers, et irréductible à l’anachronisme méprisant d’une plèbe. Ce peuple social est approché en sociologie trop classiquement comme l’agrégation supposée simple des catégories modales de travailleurs actifs ou retraités, du salariat (ouvriers employés), de la petite production (paysans, artisans), encore y faut-il ajouter les dénotations situées soit d’une pensée stratifiante de hiérarchisation soit d’une simple topique héritière du mouvement révolutionnaire français où le Tiers-état était le socle nourricier, – le mouvement ouvrier se dira dans ce fil expression des “producteurs”, non le bas. Dans la sociologie de la culture émanant de Bourdieu et Passeron, le mot fut une commodité pour masquer à l’origine la pensée violemment stratifiante qui se problématisait dans la trilogie si réductrice, du supérieur du moyen et du populaire… Ouf on a évité la crudité anglaise du lower. Lorsque les intellectuels se séparèrent du peuple, dans les années 80 tout se radicalisa de nouveau dans une sociologie se prétendant encore “de gauche”, alors qu’elle s’était presque intégralement asservis aux “dispositifs” de dénormalisation de l’emploi, de l’instauration assistantielle d’un apartheid d’assistés et de dispensés du travail, qu’elle se contenta de légitimer et d’illustrer avec le bas de Verret relayé par Schwartz et Collowald, la nouvellecondition ouvrière de S Beau, et les grotesques dominés de Bourdieu et de ses lamentables épigones. (voir les notes du Prélude)

Il reste que ce populaire du mode majoritaire de la société se définit à l’interférence de l’empaysement la territorialisation est première), du travail (les travailleurs) et de la culture. L’apport propre du Lestamp association (alternatif) , par élaboration sur ce point dès les années 90 (par convergence des réflexions ou des travaux explicites de Joëlle Deniot, Jacky Réault voire Pierre Cam, se définit sur la nécessité de ne jamais quitter l’interférence toujours problématique et pourtant essentielle du peuple social et du peuple politique(Populus dit la tradition juridique) au lieu de les opposer scolastiquement pour mieux les déconsidérer comme “populistes”, ou les reléguer par un véritable racisme de classe doublé d’une disqualification de la démocratie même, comme un bas, d’inculture scolaire, de mauvaises conceptions de la vie, et de mauvais votes. Le peuple nation et le peuple social ont également été l’objet de l’antipeuplisme des années 80-90, qui accompagne tant la mondialisation que la “construction” oligarchique de l’Europe. Dans les années 2000, Le Lestamp développe, essentiellement Jacky Réault relayé par Joëlle Deniot, un troisième terme qui s’est élaboré autour d’une conception autant épistémologique que sociétale ducommun[4], ce concept dénotant aussi bien un mode d’existence beaucoup plus large du peuple et du populaire (le peuple sociétal, toute la société en tant que culture congruente et identifiante, à l’exception donc des oligarchies et appareils séparées solidaires de la mondialisation appréhendée comme processus et stratégie centrale (Guy Bois), qu’une exigence spécifique de recherche et de pensée. Le travail réflexif se fit et se fait, – peut-on dire ? – sur les mots de la tribu (Mallarmé). Lieux communs des sciences sociales, avions nous programmé dans l’introduction au Colloque Les sociétés de la mondialisation de décembre 2004 à Nantes) sans “rupture” avec la connaissance ordinaire, -interférence assumée avec un autre résistant qu’importe qu’il soit d’une autre rive, M Maffesoli- dans le refus des machineries logomachiques de terreurs théoriques dont la reproduction mimétique et catéchistique de l’héritage bourdivin manifeste aux dépens des étudiants mais aussi de la validité de la sociologie dans son ensemble, les plus affligeants effets. Le besoin le plus crucial dans cette concomitance de l’accélération de l’histoire et des mutations sociétales, et de la crise théorique et gnoséologiques des sciences sociales était organiquement, d’abord de redéfinir l’ensemble des rapports sociaux, ce concept à sauver de Marx, à l’exclusion de tout retour à la théorie générale connaissable d’un nouveau matérialisme historique ensuite de profiler d’éventuels nouveaux collectifs pertinents, classes ou non classes ou simples forces sociales à géométrie variable au regard d’un État délabré et d’une politique molle, entre nébuleuses plus ou moins agrégées, groupes et réseaux et dans leurs contextes nationaux, régionaux (européen) et mondial. Le besoin théorique de reconstruire sur l’obsolescente intellectuelle lente mais continue de la sociologie universitaire s’imposait d’autant plus que la scission revendiquée par les dites nouvelles élites (Christopher Lasch, Emmanuel Todd) – à vrai dire nous préférons restituer l’opposition fondatrice du grec ancien qui dit oligarchie- , à l’égard du populaire dans tous ses états, dessinait comme on l’a déjà évoqué plus haut, entre société et politique, et jusque dans l’expérience commune des referendums de 1992 et de 2005 et du mouvement social de 1995, de nouveaux clivages pertinents [5] à éprouver sans fin sur la seule aune scientifique qui vaille sur la longue durée, la réfutabilité.
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……..Ces rappels minimaux de l’histoire de plusieurs unités de recherche au sein de l’histoire générale du monde (Braudel), que nous pourrons ré évoquer plus succinctement dans la suite de ce propos, aideront à formuler ce qui constitue pour nous le principal faisceau d’ interrogations que nous suggère le texte de Jean-Paul Molinari – indépendamment de ses contenus manifestes qu’il n’est pas besoin d’introduire ici exhaustivement pour qu’ils se défendent d’eux-mêmes. Le lecteur à ce point de l’exposé peut selon son intérêt se brancher sur “Où en est la classe ouvrière”, pour y collecter un riche corpus empirique à désintriquer de la cuirasse anachronique de la classe, où continuer ce texte dont le propos plus abstrait, quoique largement indexé à celui de JPM, présente la cohérence propre de sa critique historique et théorique autour des concepts qui en condensent les enjeux mais toujours dans la référence à la France réelle, société (plus ou moins) de, mais radicalement dans, les sociétés de la mondialisation du capitalisme historique. Pour ne pas alourdir la lecture nous avons reporté certains exposés définitoires ou historiques dans un certain nombre de notes consistantes dont la lecture constitue un troisième étage de réflexivité, cette nécessité dont nous essayons de diffuser l’exigence très actuelle, sur fond de crise des sciences sociales, au sein d’un second laboratoire instituant explicitement une interdisciplinarité en réseau spatialisé, Habiter-Pips de l’Université de Picardie Jules Verne (Voir journée d’étude du 10 décembre 2008 sur le site sociologie.cultures).

Le double bind de La classe et du Bas, sur fond d’interdit du peuple

S’il fallait d’une seule formule cavalière résumer les interrogations que suscite ce texte à la fois typique et singulier ce serait celle, paradoxale, de la savante actualisation (2003) d’un anachronisme[6] : la résurrection verbale de cette unité sociale radicalement unique dans l’histoire qui s’était affirmée, (ou en tout cas dont une fraction plus ou moins large et les représentants institués, s’étaient affirmés..) face à la société et/ ou face à l’État, commeclasse ouvrière[7]. En France entre 1831 (révolte des canuts) ou Juin 1848 (insurrection ouvrière parisienne) et 1968 pour le commencement de la fin et 1984 pour la fin de la fin ; les dates étant ici des marqueurs forts et non des couperets. On ne veut évidemment pas ici débattre de tous les avatars de cette appellation historique de leurs enjeux politiques d’une périodisation de sa courbe historique, mais seulement aider à contextualiser un texte qui pourrait sembler se réduire au temps par définition éternisé d’un mythe alors qu’il est aussi passeur de larges faisceaux de connaissances exactes, rarement réunies dans un article de sociologie quoique finalement assez loin de l’impossible ambition de son titre.

Que signifie en 2002, 2003, à l’égard d’une “classe ouvrière”, reconnue par ailleurs et dans le même propos, comme éclatée ou plus radicalement historiquement abolie, ce retour tardif du disciple à la réaffirmation verbale d’une vision de nouveau unitaire, autonomisée et conceptuellement univoque des multiples milieux ouvriers réels mais presque toujours mêlés en milieux populaires à large spectre, plus divers que jamais, comme il le montre d’ailleurs dans le prisme de ses critères catégoriels, mais divers sous bien plus de points de vue qu’il n’en évoque ? Vingt deux ans se sont écoulés depuis la fondation du Lersco qui s’était certes auto-identifié avec un mélange de superbe et d’inconscience, à l’instigation de son fondateur, comme son sociologue collectif alors que la classe ouvrière historique se situait en France pourtant déjà dans la phase finale de son cycle symbolique affectif et politique, en un mot (qui contrairement au sot usage qu’en fait le sociologisme, est indicateur d’unité vivante), mythique. Il y avait par ailleurs bien quatorze ans que Michel Verret lui-même avait quasiment renvoyé dans le registre du rêve (Où va la culture ouvrière française ?- 1989 et C-O 1995) (certes ouvert) le devenir politique et même démographique, d’une classe ouvrière française désormais indexée à toutes les modalités d’une “fin”: fin de classe, fin d’époque ? (Où va la classe ouvrière française 1989 et 1992, republiée in Chevilles ouvrières (C.O.), L’Atelier, 1995). Là réside le premier faisceau de paradoxes, assorti de cet abandon par JPM de la qualification nationale (?) principale référence pourtant du populaire, ce refoulé ; il y en a un second, beaucoup plus discrètement manifesté dans le texte puisqu’il s’agit d’une contradiction théorique donc de facto pour JPM, personnelle, majeure. Michel Verret fondant le Lersco en 1971 avec une équipe nantaise dans la capitale d’une alors Basse Loire encore très industrielle et très ouvrière, s’était posé dans les sciences sociales comme le héraut sans rival ( en tout cas il fit tout pour cela et par tous moyens) d’une étude scientifique de la classe ouvrière inscrite sur la défense et illustration d’une problématique des classes sociales indexée aux écrits économiques de Marx, et sublimée pour tout lecteur cultivé par la fonction sinon mission historique du prolétariat quoique M. Verret n’alla jamais très au delà de l’indexation purement économique de sa définition distinctive, alors qu’il vécut longtemps au milieu du continent de l’ouest français des ouvriers possédants aux forts et stables lignages largement liés aux paysans, artisans ou professions intermédiaires et profondément chez eux dans leurs territoires historiques y compris ruraux.

De la dictature du prolétariat largement empruntée aux Questions du léninisme, à l’éthologie humaine du “bas” et des “dominés”…

Depuis le milieu des années 80, peu au prou après l’année orwellienne de 1984, et en tout cas dès sa migration parisienne MV en vient très rapidement, par dépit politique ou par mouvement naturel de sa pensée profonde, à mettre cette problématique historique de classes, en concurrence dans ses écrits et propos, (voire presque à lui préférer, dans nombre de textes publiés dans Chevilles Ouvrières recueil de 1995, L’Atelier ), la redoutable polarisation binaire du haut et du bas, qui s’avéra logiquement dans la suite de ses expressions désormais parisiennes, grosse d’une dévalorisation active assez stupéfiante des ouvriers réels accusés si l’on peut dire, de mal tourner ; jusqu’à devenir “la classe raciste”, de la réédition du Travail ouvrier [8]. Dans l’article que JPM avait consacré dans le Mouvement social à La sociologie de la classe ouvrière de Michel Verret, il relève clairement cette glissade, en tout cas dans le registre de la culture, de la classe ouvrière au bas. D’évidence il en est troublé mais n’ose en manifester aucun commentaire. Certes on peut trouver antérieurement au milieu des années 80, un chainon transitoire entre le Verret de la classe et le Verret du bas, cette obsession de ne vouloir décrire l’ouvrier que dans la passivité d’un entrepris, – que relève aussi Roland Pfefferkorn -, littéralement fait marchandise dans le rapport salarial (pourquoi lui et pas les autres salariés ?) et s’affairant dans sa “définition distinctive” seulement sur la matière et sur les choses, indexation aux choses qui le hante et que l’on retrouve dans l’entretien accordé à Annick Madec en 2005 : tu es un peu (beaucoup) chose toi même (non) lecteur ! L’ouvrier de Verret, qu’il n’imagine jamais exister hors de son appartenance de classe et de son indexation à la production, (contrairement au travailleur libre de Marx d’entrée appréhendé comme “personnalité vivante”) n’est actif que dans “les luttes”, ce syntagme quelque peu usé du verbalisme trotsko-léniniste, qui présupposent toujours l’incorporation à un collectif ; autant dire qu’il n’a pas de vie séparée adéquate à son concept, si elle n’est pas déductible de sa définition distinctive dans la sujétion salariale et l’assujettissement machinal. Ce que nous avons qualifié de mobilisations privatives[9] (JR Lersco 1989 et 1994) notamment inscrites dans des milieux populaires territorialisées…

Jacky Réault
Le travail salarié à domicile en France : une affaire de femmes et de milieux populaires pluriels.
Etude écosystémique statistique et cartographique

….

des écosystèmes sociaux de reproduction ( J R Lersco Cnrs 1989) évidemment transversaux aux plus ou moins post-classes sociales, ou d’hétérogènes peuples horizontaux dessinés par des genres de vie et cultures territorialisées et inscrits dans de singuliersespaces temps[10] n’a pas cours dans son marxisme finalement si sensible en sa phase finale à la pensée radicalement stratifiante de la sociologie anglo-américaines devenue composante idéologique principale de l’esprit de la mondialisation comme de l’idéologie bourdivine pure expresion de sa rampante logique d’apartheid, sur horizon de désouverainisation des peuples désymbolisés. Il tend à réduire, dans le fil même de cet esprit, le feuilletage un peu rigolo et souvent inoffensif des stratifications sociales prises à la lettre upper lower classes etc., à l’hystérisation brutale du binaire : le haut le bas, à la quelle nous avons tous touché par schématisme scholastique quand elle fut légitimée par MV, mais qui éclairée par quinze supplémentaires années de mondialisation est devenue insupportable. Dans ses œuvres tardives influencées par la décomposition du droit du travail sous hégémonie de l’OCDE et plus trivialement par les sous-cultures pseudo-scientifiques des “sciences économiques et sociales” (SES), ce catéchisme idéologique scholastique, de ses nouveaux alliés parisiens) il va jusqu’à qualifier le salarié de dépendant (en contradiction radicale avec Marx qui connaissant le sens historique fort, des liens de dépendance) et finit parfois par sombrer dans la mécanique méprisante du dominé retrouvant dans cette régression éthologique de la sociologie, un rival devenu de façon posthume, mais en tout cas dans les alliances institutionnelles avec les épigones, un compère, P. Bourdieu.

…jusqu’à l’antipeuplisme enrobant les ouvriers réels.

Ce retournement qui n’est donc pas complètement une inversion n’exclut pas le maintien parallèle et selon les interlocuteurs, de l’ancien langage, mais pour un regard d’historien, il s’inscrit clairement dans un propos de dévalorisation globale des cultures, des votes, des mouvements, des identifications, populaires, en un mot dans l’antipeuplisme qui, comme l’ont fortement montré les travaux d’Emmanuel Todd, de Pierre André Taguieff[11], fut l’idéologie nécessaire à l’abandon rampant de la souveraineté du peuple et de la référence à la nation de 1789 par les classes parlantes mondialisées des grandes ville, tenants de l’État (Poulantzas) et des appareils idéologiques d’État (un possible concept transférable de ce qui peut-être reste l’apport althussérien ?)[12]

Cette rupture eut d’entrée comme corollaire longtemps inexprimée et désormais manifeste une conception tendanciellement oligarchique de la politique qui trouva d’ailleurs comme son refuge naturel dans la dite construction européenne et la disqualification aussi cynique que systématique de tous les votes non conformes aux vues des appareils dirigeants. De la grande classe ouvrière libératrice de l’humanité à un bas de la société de plus en plus douteux et défait quelle pirouette et quelle ingratitude. Comme l’avait écrit lui même Michel Verret à propos des étudiants de Mai 68 rendus à ses yeux totalement transparents par la conjonction également redoutable du marxisme et de la sociologie (Mai étudiant ou les substitutions, La Pensée 1969) : On ne brule bien que ce que l’on a adoré. Les œuvres trop tardives n’ont sans doute plus le temps de se tourmenter de leurs contradictions, la classe, le haut, le bas. Drôle de science : deux épigones périphériques en mal d’inspiration ajoutèrent récemment sans rire – impossible il et elle, étaient deux, l’homme de la vie privée et la femme du populisme, – le “fragile» ! En gros la caisse marquée le camion de déménagement, sommet d’objectivation qui fait bizarrement penser à la mutation de l’œuvre en pièce dans le dit art contemporain. On trouve désormais chez le maître à la fois la terrible sociologie radicalement verticale qui semble issue du Métropolies, de Fritz Lang, et celle aussi des media de masse et des oligarchies mondialistes (Élites versus populisme, comme il convient de dire pour masquer la véritable opposition peuples/oligarchies) et parallèlement la substantialisation et la fétichisation théorique de ce que Marx lui-même n’était pas vraiment parvenu à définir abstraitement (voir l’avortement quasi psychiatrique du chapitre correspondant du Capital), une classe sociale absolutisée que révèle ce vocable strictement idiosyncrasique, appliquée à la seule classe ouvrière, La classe[13] !.

L’impossible synthèse et euphémisation de cette dérive du fondateur du Lersco par JPM et sa résolution classiste et classique par le verbe et la statistique.

L’intellectuel stalinien ?

Chat saisissant un oiseau – Picasso.

JPM dans cet ultime texte de commande a donc dû sans pouvoir l’expliciter, affronter ce double double bind anachronique et théorique. Il résout la première contradiction par une pratique commune dans le milieu quand il est interdit de problématiser les problématiques, collecter des données et des références sur un territoire défini à l’avance par l’autorité de référence, quel qu’il soit : le métier de prof qui a un programme hétéronome en quelque sorte. La seconde il ne peut l’exprimer frontalement et la contourne par le haut, si l’on peut dire. Il est lui issu du peuple, instinctivement populaire. Malgré plusieurs demandes de MV, il est vrai contredites par ses alliés locaux, il ne quitta pas le Lestamp pour le laboratoire concurrent fondé pour le détruire. Malgré une longue discipline dans les appareils communistes (il y a une antinomie entre peuple et bureaucratie, entre peuple et État, et c’est une des définitions pertinents du peuple que de l’affirmer simplement), il ne pouvait s’inscrire dans la méprisante pensée du bas issue des métamorphoses du maître. Il ne pouvait que très peu partager, – on le lira sur ce plan là plus opportuniste car il doit négocier sa légitimité avec les puissances disciplinaires de l’ENS ou du CNRS qui monopolisent le propos ouvrier sociologisé actuel (entre les gardiens de prison des ouvriers déchus de de la classe ouvrière disparue, Olivier Schwartz et Stéphane Beaud parachuté à Nantes même pour détruire l’autre tradition de sociologie ouvrière, celle de Joëlle Deniot et de Jacky Réault), toutes les modalités du misérabilisme qui ont fleuri dans l’université en mondialisation accélérée dans l’œil du cyclone nantais de la décentralisation prédatrice. Il reste résistant aux logomachies de la précarité ou de l’exclusion essentialisées, qu’il avait tant dû combattre comme enseignant contre une doxa locale fortement marqué par le confusionnisme assistantiel de la deuxième gauche[14] participant au pouvoir de 1981 à 1984, et exerçant le pouvoir de 1988 à 1991. On le lit plus obligé de faire place aux nouveaux misérabilismes à prétention théorisée mais finalement plus médiocrement malveillant et méprisant du Retour sur la condition ouvrière ou du glissement de la vie privée des ouvriers, déjà indigénisés avec condescendance, à un positionnement entre le baset le fragile[15]. Certes c’est le maintien verbal anachronique d’une unité imaginaire qui lui est imposée dans la commande de cet article qui fait mécaniquement apparaître de facto toutes variations et métamorphoses réelles dans le prisme de la destruction décadente et/ou souffrante, mais, cette latence logique des prémisses, il la ressent ; et s’il n’en rajoute pas ou peu, il ne peut la dépasser sans se taire.

A ce point de l’analyse nous intégrons la seule citation que nous faisons de ce texte de libre et parallèle théorisation indexée à un autre texte mais référée à un réel. Elle s’inscrit dans les ultimes développements du propos de JPM et condense toutes ses contradictions. La première est manifeste. Il doit trouver une nouvelle classe ouvrière quand même et assez contemporaine et sans prononcer le mot de mondialisation, le commode, syncrétique et anachronique libéralisme du post-militantisme gauchiste fera l’affaire.

“La nouvelle classe ouvrière du « libéralisme », fait l’expérience lente et contrastée- vieille patience ouvrière -d’un nouvel âge, pièce inédite qu’elle doit jouer avec de nouveaux acteurs historiques qui partagent avec elle la souffrance en France.”

La deuxième contradiction n’est pas de même nature elle est, pensons nous radicalement existentielle donc intégrant aussi les contradictions théoriques vécues comme telles et qui plus est hétéronomes. Au terme de l’article il semble donc, contrairement à ce que nous avons développé plus haut, être happé encore plus loin du misérabilisme sociologiqueprojeté sur les mondes ouvriers actuels, dans une sorte de cri doloriste liant la classeéternisée dans l’esprit des sociologues d’école, et souffrance en France, – le syntagme choisi en ce moment de facto doublement testamentaire est par ailleurs le titre d’un ouvrage estimable voire qui fut nécessaire en un moment et dans le désert qu’était devenu la sociologie du travail. Il nous semble cependant, si l’on nous permet ici une interprétation plus personnelle, qu’il manifeste là non un basculement problématique régressif -même par rapport à son économisme marxiste tardif-, mais un véritable désespoir personnel ainsi projeté, ce désespoir est d’abord conscience de la partie absurde de sa feuille de route comme on le développe dans tout cet article, mais aussi celui de sa propre vie qui approche de son terme. Il serait évidemment indécent de ne pas rappeler, au nom de ce tabou de la présence de sujets humains dans les sciences sociales que trois mois plus tard il disparaissait.

Revenons cependant et définitivement à un propos borné à la réflexion idéelle sur les idées et les factualités de son texte au sein des sciences sociales plurielles et à géométrie souple où nous situons dans ce propos : Toute impasse historique ou biographique éprouve le besoin d’un refuge imaginaire ou tout simplement verbal, son entrée dans le propos sera dans cette contradiction qui le taraudera jusqu’au bout sans qu’il ose la résoudre une classe ouvrièreéternisée (c’est le présupposé logique absolu du propos) et pourtant défaite qu’il n’ose et ne peut sans abolir tout son travail reconnaître comme disparue et totalement inadéquate au traitement qu’il lui impose post mortem. On le sent plus que mal à l’aise dans cette aporie mais il la résout théoriquement dans les postulats théoriques fondateurs et déjà réducteurs alors, du Lersco, définis par Michel Verret qui, pour mieux la sociologiser, (acharnement sociologiste, forme contemporaine de la thanatopraxie ?) avait réduit la classe ouvrière,d’entrée à ses caractères et déterminants “économiques” supposés univoquement indexés par les critères statistiques de l’État français alias l’Insee, une catégorie, travers normal d’une philosophie sociale, mais devenue plus proche de l’impératif kantien (je maintiendrai) que des robustes abstractions d’Aristote. L’ainsi nommée classe ouvrière de 2003 et de cet essai c’est donc essentiellement tout ce qui a pu être collecté dans cet agrégat administratif, largement construit c’est à dire artefactuel et c’est ainsi qu’il peut se réfugier lui aussi dans ce blockhaus verbal inexpugnable qui se moque de l’histoire réelle ; on peut toujours bureaucratiquement faire l’ensemble des dénommés ouvriers dans les recensements de la population. Et ce sanctuaire c’est pour lui comme pour M. Verret cet hologramme transcendantal, La classe, par la quelle il avait déjà introduit son article sur La sociologie de la classe ouvrière de Michel Verret dans la revue Le Mouvement social. Décidément le syntagme le plus marqueur et quasi exclusif de l’interférence biographique intellectuelle et personnelle de ces deux universitaires communistes qui même défroqués ne purent jamais se défaire de l’âpre goût des vérités apodictiques d’un matérialisme historique réduit à une scholastique. On peut cependant peut-être plus largement y chercher, et il y faudrait les concepts de l’ethnopsychanalyse, un des symptômes de la crise intellectuelle et culturelle des héritiers de la dogmatisation étatique de Marx à laquelle contribuèrent à la fois le marxisme stalinien, condensé dans Les questions du léninisme de Joseph Staline où s’inscrit biographiquement la formation et l’action idéologique de M. Verret au sein du mouvement communisme et, plus bénins pour l’histoire humaine, la paresse théorique et le besoin d’alibi immobiliste de la social-démocratie, et finalement le dogmatisme sectaire des héritiers de Pierre Bourdieu. Qui se souvient encore de cet antihumanisme théorique, pointe extrême du délire chosifiant du structuralisme stalinisé, que Michel Verret présenta, en lisant le texte de Louis Althusser, au Comité central d’Argenteuil de 196x. [16]?, et qu’il redoubla à sa façon dans les essais intitulés Théorie et politique, seul livre que consentirent de publier les éditions sociales, émanation directe de la direction du PCF, indépendant de l’affligeant factum de guerre froide intitulé Les marxistes et a religion.

Quels sens et quelles fonctions de cette ré affiliation dans un des casiers de l’institution disciplinaire de la sociologie du 21° Siècle ?

Au delà de cette collecte dans les tiroirs robustes d’un meuble d’époque, et plus profondément de quel propos nouveau ou ancien, scientifique, idéologique, politique, personnel… a-t-il pu s’agir en 2003 dans ce rapport du maître qui avait de toujours balisé le champ du possible et du disciple de long cours qui n’en était pas moins un savant professeur ? On se bornera ici à quelques élémentaires et objectivables questions ; d’autres seraient ici peut-être indiscrètes et les questionneurs impénitents qui y chercheraient des enjeux plus publics peuvent en induire beaucoup du texte radicalement inouï – une mise au bûcher explicite- que le maître donna aux éditeurs des Mélanges offerts lors du départ en retraite du disciple en décembre 2001 -[17].
A un premier degré de repérage dans la conjoncture des sciences sociales de ce moment on peut expliciter une première série de questions :

– A la décharge de J P Molinari il écrit dans le contexte d’un petit monde de (pas toujours ex-) intellectuels staliniens mal reconverti qui tente un revival des vieilles lunes pour valoriser les fonds de tiroir d’une formation actuelle mal actualisée ? A-t-on affaire avec cet essai à cet étonnant retour des classes qui s’affirme alors dans un petit milieu ( et pour un court moment que s’empresse de renier l’éditeur, P Bouffartigue, voire infra) qui ne parvient pas à trouver de boussoles neuves pour les nouvelles navigations qu’impose le monde révolutionné par 30 ans de mondialisation ?. N’est-ce pas le titre d’un livre à La Dispute, – queue de comète des ex Éditions Sociales support de la post-orthodoxie marxiste recuite du PCF-, où figura la dernière contribution éditée de JPM ? Dans ce livre qui constitue, si son article est totalement le sien, son ultime engagement public, figurent essentiellement des (plus ou moins) (post néo quasi para ?) marxistes, – étonnant identifiant qui redevient à la même époque un des marqueurs intellectuels fondamentaux de M. Verret dans les échanges oraux. “Deux marxistes nous ont quitté (JPM et CL), petits deuils évidemment” ! – en l’occurrence surtout des ex communistes, alors que dans la fin de sa vie professionnelle JP Molinari s’était souvent porté allié, et d’ailleurs contre ses propres camarades de laboratoire, des épigones de P. Bourdieu ex rivaux en exclusivisme et intolérance intellectuelle sinon en inventivité sociologique. – Au delà de la proximité naturelle d’anciens combats, doit-on analyser ce revival verbal dans une logique institutionnaliste et politique visant à constituer une force de réseau au sein de la sociologie disciplinaire désormais écartelée en clans de reproduction et de pouvoir ? Quoiqu’il en soit l’homme qui l’accueille ne s’embarrassera pas de fidélité.

La pression du maître s’est-elle désymbolisée ? En tout cas moins d’un an après nous voyons Paul Bouffartigue, l’auteur-éditeur de l’inénarrable Retour des classes (La Dispute) où fut publié le texte remanié de J P Molinari sous ce vocable de Musée social nostalgique, inverser la vapeur reprendre l’essentiel de nos thèses (en y ajoutant la bouille écolo-féministe obligée et qualifiée sans rire de “niveau supérieur” et occultant l’essentiel, l’hyperbourgeoisie mondiale et ses relais post-nationaux) dans Luttes des classes sans classes publié dans la Revue de grand public étudiant, Sciences Humaines (2005, via le site Web), sans nous citer, ce n’est pas trop grave, les écrits (1984, 1989, 2004, 2005) restent malgré leur diffusion restreinte par le milieu où l’orthodoxie règne. Mais qu’en est-il de l’incohérence intellectuelle de sa propre trahison. Nous restons stupéfaits, moins pour nous et l’ensemble du Lestamp mais pour le sens civilisationnel de cette marque de débandade de la raison universitaire ou simplement intellectuelle, quand, sur le mode stalinien bien connu la thèse antérieure assénée par un ouvrage collectif, (dont les auteurs et pas seulement l’éditeur sont ainsi en bloc ridiculisés), est purement passée à la trappe sans autre forme de justification. Belle figure d’intellectuel postmoderne sans doute ou plus crument décivilisateur. Quant ) JPM, il n’était plus là pour rectifier le tir à supposer qu’il l’eut accepté, tant sa fixation sur la “classe” s’inscrivait au plus profond de son pathétique asservissement à l’esprit d’un autre homme supermomificateur mondial du fétiche.

-S’agirait-il, plus modestement de la dernière de ces programmations exhaustives que M. Verret, puisque c’est de lui qu’il s’agit, distribuait sans fin au Lersco disparu et aux étudiants pour parfaire dans une obsessionnelle exhaustivité perpétuelle le monument d’une œuvre pourtant si datée, la sienne, qu’il se serait agi d’actualiser numériquement sinon théoriquement ? N’avait-il pas précocement pour remplir ce programme bureaucratique fait passer, directement ou indirectement, des thèses de “discrimination positive” dont le texte n’aurait pas alors (les temps ont changé) et même peut-être aujourd’hui, passé le cap d’un jury de maîtrise, entre les mathématiques la vieillesse et surtout le meuble…ouvrier, un peu comme il a monté beaucoup plus tard une HDR bidon et plagiaire sur la Chanson réalistepour placer la radicale nullité d’une vague disciple, récemment remariée à un de ses amis de la bonne bourgeoisie grenobloise ? N”est-ce pas une exigence de temps long sa biographie intellectuelle, (inscrite dans une culture de Gosplan, ignorant la sanction de tout marchéintellectuel dans une institution disciplinaire under control, selon l’expressions d’un porte-parole dans une lettre anonyme balancée pour déconsidérer Jacky Réault qui continuait avec Joëlle Deniot, le Lestamp contre la mise à mort verretienne) dont l’urgence narcissique reste entière alors que l’effort requis commence à le rebuter, d’où la délégation de faire poursuivre la biographie de sa classe ouvrière immobilisée en 1990, post mortem. Le sujet du post mortem, (trois possibles), restant pour nous indéterminé ? Nul ne sait absolument sinon désormais le commanditaire, le pourquoi latent de cette demande. Ce que nous a dit (au Lestamp), J P Molinari c’est qu’il avait effectivement répondu à une commande explicite de Michel Verret, en deux temps ou plutôt en deux mouvements asservis, d’abord de relire Marx ( pour quelle réassurance ou en fonction de quel doute ?) et de produire un bilan actualisé de La classe qui d’une certaine façon prolongerait et achèvera, – si l’on peut dire -L’Ouvrier français, la trilogie trop datée de L’espace (1979), Le travail (1982) ouvriers et de la culture ouvrière (1987) abstraction faite des compilations d’articles abordant in fine et à sa façon assez équivoque (entre fascination et dénonciation) la mondialisation [18] (Chevilles ouvrières, l’Atelier). C’est dans des rééditions purement reproductives du corps du livre à l’exception de certaines préfaces (1999) que le regard du bas sourd sous la fiction maintenue de la connivence avec La classe la seule vraie, pour lui, imaginaire mais adéquate à son concept, celle de la théorie, trahie par d’incapables figurants, opposée à la réalité d’une rejet dégouté des personnes réelles et vivantes qui se trouvaient la composer. C’est, empêtré dans ces fils assez emmêlés dont l’acteur n’est pas l’auteur, un auteur fasciné, à ses propres dires par les marionnettes que doit s’engager ce lourd travail de collecte et qu’est rédigé l’essai théorico-sociographique qui suit, au prix d’un effort inouï et alors qu’il est hanté, – comment ne pas le dire ici tant ce texte d’apparente tranquillité théorique, le trahirait lui-même – par le désir de mourir. Quel gage si absolument indispensable devait il donc donner pour trouver une telle force à contre-vie et quelle réception en a t il eu qui ne l’a pas retenu de passer à l’acte ? Tout lecteur un peu instruit des ouvrages de référence y lira non seulement, ce qui n’a en soi rien d’étonnant sinon l’inertie étonnante, la stricte tradition du Lersco des premiers âges et l’habituel référencement dans les ouvrages qui ont été à divers titres et à divers moments de proches ou d’alliés. C’est la règle du milieu. Ce qui devient plus incroyable, c’est chez cet éminent professeur des Universités ayant accompli une œuvre et désormais en respectable statut de retraité, un texte ou fourmillent, en reproductions littérales, les formulations verretiennes des années 60, 70. J P Molinari était un véritable universitaire savamment rompu à ce qui reste toujours une aventure intellectuelle, frayer et glaner l’inédit et l’imprévu dans le monde des livres, ce quasi mimétisme n’est-il pas le massif symptôme d’un tourment où la vraie vie et les identifications idéologiques contrôlées sont organiquement intriqués. Le résultat fut si littéralement formellement homologue aux classiques de facto datés, (et dans la mondialisation le temps a pris le galop) de son maître. Et pourtant, ce dernier, à notre connaissance, n’en a jamais explicitement et publiquement manifesté aucun signe de réception particulier quoique, commanditaire il en ait été aussi et très peu de temps avant la disparition de Jean-Paul Molinari, le récipiendaire. Ce sont deux hérétiques, Roger Cornu et Jacky Réault qui séparément prirent l’initiative de l’éditer.

Triple écarts ?

Écarts au modèle
Écarts au réel
Écart à soi-même ?

Et pourtant qu’elle fidélité au prisme théorique ou idéologique qui unifie systématiquement les ouvrages sociologiques de Michel Verret (et qui se condensent dans une des ultimes expressions du maître, l’interview de 2005 à A Madec, pour Vacarmes) , à plusieurs lourds écarts près. Le premier est peut-être le plus étonnant, si le titre de l’article est mimé des titres verrétiens sa littéralité est empruntée, et c’est pour nous un vrai mystère, au plus farouche ennemi de son laboratoire le Lersco puis le Lestamp, un des auteurs de la scission qui fut menée avec une véritable sauvagerie, jusqu’à la tentative d’épuration totale après le décès de JPM. Qui plus est c’est à lui qu’est adressée la première note de référence. Il est vrai que JPM avait demandé en vain sa propre adhésion au laboratoire concurrent ( Le Cens) et subi l’humiliation du véto de cette même personne. Ultime gage mais donné à qui au Cens à JNR ou à Verret ou au Cens sur ordre de Verret ?

Le second écart par rapport à l’œuvre modèle du maître est qu’il n’est pas du tout question dans l’article de JPM, de la culture – un interdit ou plutôt un impossible -, le dernier et le plus conceptuel, quasi philosophique ouvrage de la trilogie verretienne et qu’il résume dans ses postulats binaires finaux, du haut et du bas et d’une “culture prolétaire” autonomisable, -pourquoi pas ?-, mais scandaleusement tirée vers la pègre sous-prolétarienne, comme expression de la première, voire de la troisième “figure” ouvrière (Où va la culture ouvrière française ? o. c.) . S’il intègre un peu plus, ce qui était resté plus discret chez le modèle, un propos sur des syndicats et de la politique, c’est dans des bornes si étroites et entendues qui ne mettent pas en cause les anciens postulats séculaires d’un lien organique entre classe ouvrière et seulement certaines organisations se réclamant d’une labellisation d’un autre âge. Et pourtant le politique (enseigné et édité) avait été la part personnelle sinon exclusive de J P Molinari dans l’organisation du travail du Lersco quoique sa thèse ne la traite que par un biais finalisé très induit par son directeur, l’adhésion ouvrière au communisme, unique boussole légitime de “la classe”, unique dirigeant absolu de ses “luttes. Mais ce qui reste malgré tout d’actions ouvrières identifiables comme telles et qu’il évoque ce qui ne signifie pas actions de classes est a priori disqualifié ou traité en survivances dégradées.

Pas de classes sans rapport à l’État (nation) et sans le maintien d’une centralité problématique dans l’ensemble sociétal, -ce fut le courage d’Emmanuel Todd de le rappeler avant et après le grand mouvement de réveil national et social de l’automne 2005-, et pas de classes désormais sans rapport au centre (politique) du monde et donc désormais mécaniquement subordonné à la défense des peuples contre leur condamnation à mort, ce dont nous traitons ailleurs : les rapports sociaux de la mondialisation font du côté des résistances intervenir non des classes mais des peuples, dans toutes leurs modalités d’existence. La présence ouvrière effective, pour autant qu’elle soit politiquement et socialement isolable (l’usine résistante aux délocalisations et aux licenciements boursiers, ne se réduit pas aux ouvriers), se situe éventuellement bien ailleurs, et décidément plus dans des tissus populaires et territorialisés, ou des complexes salariés, et évidemment au sein de vouloir-vivre nationaux, que dans les organisations patentées survivantes de l’époque classique du mouvement ouvrier, qui au mieux suivent en se désolidarisant de l’action directe politiquement incorrecte, au pire feignent d’unifier les flammes convergentes pour mieux les éteindre en bloc (1° semestre de 2009). Là où il faut la chercher c’est entre l’abstentionnisme (JPM avait joliment écrit sur ce point) actif, si l’on peut dire, – et cela est bien vu – mais rien n’est dit par exemple de ce prodigieux mouvement ruralo-chasseur du CPNT, à dominante ouvrière mais invisibilisée comme rurale (double périphérisation !) Quant au long vote (1984-2007) parfois relativement majoritaire pour le Front national, quant aux asyndicalismes voire antisyndicalismes de toute configuration, et toute une diversité des pratiques résistantes et ou révoltées qui captent au sein de milieux complexes, la grande majorité de ‘la classe” réduite à la catégorie opérationnelle mais toujours mêlée à d’autres catégories, il sont radicalement mis hors propos ; la réalité s’avérant en l’occurrence selon une expression hégélianisante éminemment significative de l’oligarchisme théorique du maître, inadéquate à son concept. Un titre de JPM manifestement d’évidence on oserait presque avancer, une nostalgie bolchevique, celle de la (vieille) Garde. C’est là que l’illusion est la plus déréaliste évidemment, jusque dans le contenu du paragraphe. De vieille garde qui ne saurait être que celle “du prolétariat organisé en classe politiquement dirigeante”, il n’y a plus trace. Pas même dans les restes de verbalisme trotskyste. Que l’essentiel des mobilisations privatives ou collectives des ouvriers réels, dans leurs formes de vie, leur travail, leur associativité nouvelle ayant déserté les partis et presque les syndicats, se situe dans des complexes populaires spatialisés dont la culture unifiante de temps long constitue le principe unificateur et la référence anthropologique, dans les mondes ruraux et périurbains, tout cela n’entre pas dans les grilles de La classe réduite à la CSP. Cette mise entre parenthèse de toute cette contribution à l’œuvre du Lersco que nous avions développée et qu’il avait largement butinée (dans des doubles parfois littéraux tel son article sur La prolétarisation nazairienne pour les Cahiers de l’OCSC) jusque dans sa thèse, se trouve ici comme frappé d’interdit.[19]

Ce miroir tardif trop ou pas assez fidèle – mais à quoi ?- n’aurait-il pas été finalement mal venu ? Dans le texte de La Dispute ne conclut-il pas, se référant à MV dans une ultime et ahurissante chute, et comme s’il s’agissait de la découverte du siècle, que Les ouvriers pensent, expression dont Michel Verret se vante d’être l’auteur. Dans ce texte ici édité, ce n’est d’évidence pas de cette illumination ultime mais surtout grotesque, qu’il s’agit, mais, pour reprendre un des vocables classiques du premier Lersco, d’une partie des seules “conditions matérielles d’existence”, et des modes canoniques de représentation, approchés à vrai dire presque exclusivement par le chiffre – cette obsession des sciences sociales bureaucratiques comme des demandes médiatiques – d’État et de bureau. La formule par ailleurs assez opaque et par trop peu interrogée du temps même du Lersco, ne vaut d’ailleurs que sous réserve de ne pas trop s’inquiéter sur ce qui en constitue, à nos yeux, à égalité avec le travail (et désormais scindé par les politiques de la mondialisation), l’emploi, le premier socle, les formes de vie. La famille ayant été sous-traitée par MV lui-même, bien loin des problématiques ouvrières et du temps même du Lersco, à un vicomte mondain, et n’ayant été réintroduite que par nos travaux sur les formes de vie territorialisées irréductibles à l’idéologie classiste, on comprendra, non sans étonnement cependant, l’absence dans le texte de JPM de tout ce que sous-tendent les formes de vie : lignages, alliances, parentés, communautés, familles, groupes domestiques, vicinalités, territorialisations, réseaux, en un mot la vie dans tous ses états.

La classe perpétuée par JPM dans le désir de MV n’est-elle pas nécessairement sans famille.De Marx à Hector Malot ! C’est que dans cette empoisonnante réalité qui prétend résister à l’objet construit, il n’y quasi empiriquement plus de “famille ouvrière» : seulement des unités milieux, de facto populaires (concept repoussé), ouvrier-employée, ouvrière-paysan, ouvrier-institutrice etc. ; encore ne tient on pas compte ici de la présence d’étudiants à avenirs assez divers dans grand nombre de ces familles. Exit donc cette irritante réalité. En revanche, et à l’actif de JPM, il s’abstient de suivre, sauf quelques normales marques de désarroi, le contre-transfert Verretien passé aux aveux. Il laisse au maître le propos commun avec la post-intelligentsia parisienne, non seulement sur la classe fantôme, coupable d’inconsistance historique mais sur ces ouvriers qui pensent mal, seraient devenue à leurs yeux, racistes. Il est vrai que JPM ne pouvait radicalement pas s’envelopper dans le manteau chic de la bien-pensance intello-urbaine vertueuse et dénonciatrice; il connaissait, lui existentiellement et avait pratiqué beaucoup d’ouvriers réels, – latents dans ce texte, même si leur présence réelle est refoulée – et pouvait en parler autrement que ce qu’on pouvait en apprendre – dans les livres de référence de MV eux-mêmes exclusivement livresques, faits d’ouvrages de sciences sociales, du corpus massif de la statistique d’État collectée pour lui par Paul Nugues et Joseph Creusen, et nourris des écrits conventionnels de partis communistes et des œuvres culturelles de l’ex socialisme réel. Cet ensemble à l’exclusion de tout terrain vivant, constituait le seul viatique de chercheur de Michel Verret, auquel il faut ajouter, et à son honneur, une culture littéraire revendiquée comme composante légitime de l’écriture sociologique. Heureusement pour lui et pour nous tous, à l’époque où il écrivait, on ne faisait pas – y compris à son instigation avec d’autres mandarins lyncheurs et jaloux -, des pétitions de chasse aux sorcières contre les sociologues décrétés “sans terrain” ou, pire, trop pourvus d’idées (et baptisés de ce fait essayistes) Cela se passe un peu plus tard, à l’heure d’une professionnalisation, – selon l’expression vaguement ridicule de bon nombre des chefs de clan de l’actuelle discipline instituée, – qui réduit la connaissance sociale permise à la reproduction des dogmatiques closes et à la fétichisation de la méthodologie cette grammaire du vide.

Entre littéralité fidélité, voire prise de liberté entre l’auteur, le commanditaire et la vulgate du Lersco de 1972, on laisse chacun s’armer à son gré d’exégèses en spirales, pour nous borner à quelques remarques : Après l’exergue de l’inévitable citation de MV, où l’on ne bizarrement lit déjà que déréliction pour une unité sociale dont la nomination et l’agrégation, tout au long du texte postule pourtant sans fin le présupposé du lien, le titre renvoie quasi mécaniquement à des articles de M Verret : Où en est la culture ouvrière aujourd’hui ?, paru dans Sociologie du travail, 1989-1, comme à trois autres titres utilisant le même trope d’une interrogation de finalité en mouvement excluant toute problématisation sur son transhistorique “objet”[20]. Il n’est jusqu’aux formules même de la conclusion qui ne renvoient mimétiquement à des œuvres anciennes de MV, telle la forme rhétorique largement factice de l’appel au lecteur. Quand aux nombres de références au maître on en abandonne le comptage et le chiffre au lecteur décidément professionnalisé ou jouant à l’être.

En deçà d’un fétichisme de la CSP PCS 6,

..le leurre objectiviste de la classe ouvrière en soi ?

Quant au fond qu’est-ce que le lecteur actuel peut y trouver. Beaucoup. Il présente sur les données accessibles les plus récentes alors, cet idéal d’une somme de sociographie statistique et bibliographique déjà mise en en œuvre de façon impressionnante et de surcroît en très singulière stylisation (chercher sinon réussir, à bien écrire est devenu un autre interdit de notre époque sociologique et d’abord des petits clans qui monopolisent l’édition patentée), dans le triptyque de l’Ouvrier français complété Chevilles ouvrières. Tout cela n’est encore possible au troisième millénaire que parce que la distribution s’effectue, on l’a noté plus haut, dans l’évidence que la classe en soi, définie par la position dans les seuls rapports sociaux de production, du Marx hégélianisant dont on aurait oublié le pour soi, est supposé valider ; ce qui n’apparaîtra à tout lecteur exigeant ni marxiste ni même marxien. On peut exprimer ce parti pris de façon finalement très simple et familière puisque banalisée par l’école depuis un demi siècle. C’est celui de la fiabilité théorique maintenue de l’agrégat d’État et de manuels scolaires, – la bible des dites SES (Sciences économiques et sociales)[21] pourrait-on dire, – et finalement peu modifié depuis 1954 quand fut enfin éclaircie la polarisation à son compte/salarié) et 1962 (quand la qualification ouvrière est enfin définie) qu’est la catégorie dite socioprofessionnelle qui tend à devenir, malgré certaines commodités descriptives de certaines pratiques, le pont-aux-ânes de la sociologie qui ne pense plus ce qui pourrait devenir – si un sursaut ne se décide pas vite alors que ce sont les vagues épuratrices qui resurgissent sans fin-, une pure et simple tautologie.

Il est utile ici de repérer particulièrement une double fonction, étatique et sociétale d’une part, et statistique d’autre part, dans l’usage routinisé de la CSP (1954-1982), devenue (pourquoi cette inversion des positions de Profession et de catégorie?) la PCS , depuis 1982 année où les contremaîtres furent arrachés à l’ensemble ouvrier en même temps qu’étaient abolie en son sein la perception des manœuvres, -par euphémisation ?- et de l’ensemble des mineurs marins et pêcheurs, comme par anticipation d’une épuration européenne, celle là bien réelle, à l’égard de secteurs entiers de l’économie nationale.. Elle constitue un des plus spectaculaires fétiches scolaires et médiatiques, momifié donnant toute réponse avant d’avoir formulé la moindre question. La réduire à la modestie serait de première urgence pour former des sociologues restant affamés de connaître les véritables processus (plutôt questructures) opérants de la société actuelle. Que nous occulte telle, pour aller au plus lourdement problématique au sein du réel sinon l’historicité continue des sociétés dans la mondialisation, le positionnement dans les espaces-temps du monde (relativement)mondialisé, les variations transversales aux classes des effets de l’accumulation du capital (prolétarisation), les mobilisations, privatives individuelles ou collectives, séparées ou politiques, ancrées pour l’essentiel dans des tissus populaires singularisés.[22] La première fonction, étatique et sociétale de cette nomenclature, évidemment toujours précieuse, renvoie (renvoyait) aux normalisations (contractuelles et étatiques) de la société salariale(M. Aglietta, A Brender Calmann-Lévy 1984) et à ce qui en subsiste après vingt cinq ans de consensus politiques des grands partis libéralisés pour la réduire. La seconde fonction, statistique, (compter des grands nombres dans des nomenclatures univoques pour les rendre appropriables par la pensée et pour les grandes fonctions sociétales), est à la fois plus réaliste et dépourvue de toute poésie (les grandes ponctions fiscales ou autres et les redistributions) et pourtant plus métaphysique, permettant l’apparence de la fameuse requête d’exactitude, -obsession du maître- alias le nombre et ses chiffres, marqueur principal commun aux postmarxistes et aux bourdivins, de la science, au sein de ce qu’ils appellent sans rire, dans une inlassable incantation, “la sociologie comme science”.

Sous le vocable déjà anachronique et tendant à un usage emphatique, de classe ouvrièremais désormais réduit à l’en soi qui constituait la commande de MV, il ne faut finalement s’attendre à trouver rien d’autre que l’a priori nominaliste de la CSP-PCS6 parlée dans le langage plus technique que savant d’un vague marxisme administratif, très analogue à celui qui régnait si lourdement dans les ainsi nommés pays de l’ex “socialisme réel”. Cette classe ouvrière réduite aux acquêts théoriques comme on l’a déjà évoqué du marxisme stalinien plus ou moins pérenne et à ceux de feu la social-démocratie du 20° siècle, a cependant de quoi étonner un historien ou simplement un citoyen lambda quelque peu réflexif mais également un lecteur de Marx, cet inventeur impénitent malgré sa tentation de l’immobilisation de la théorie pour lui donner les allures d’une science instituée. Nikos Poulantzas, reprenant une analytique devenue classique, qualifiait justement d’économismece réductionnisme théorique ; c’est fort juste mais nous semble-t-il insuffisant, en tout cas pour son usage stalinien et post stalinien, comme dans la forme abâtardie, scolaire et pourtant fanatique qu’en diffusent les affiliés du bourdivinisme ; quant à la social-démocratie elle justifiait son réformisme et son recul devant la révolution telle que profilée par les léninistes, puisqu’il suffisait finalement de laisser faire le processus réel qui était supposé, à l’époque des croyances progressistes, aller dans le bon sens (de l’histoire), celui de la socialisation des moyens de production. Mais dans un cadre totalitaire qu’il soit théorique et/ou étatique, on ne peut éviter d’interroger les fonctions de cette réduction de l’identité ouvrière au seul travail pensé d’ailleurs de façon réductrice comme condition matérielle de l’existence mais à partir d’indicateurs désincarnés. Cet économisme fonde la légitimité del’objectivation, ce fétiche verbal de la sociologie ossifiée dont la principale fonction est de donner à celui qui parle les autres hommes à leur place, la possibilité de les considérer réellement comme des choses ; la formule, espérons le, purement posturale de Durkheim mutant en jugement de réalité et en légitimité de tous les terrorismes théoriques et politiques. Procès sans sujet écrivit à propos de l’histoire humaine Louis Althusser, le maître du maître. De fait nul n’a mieux que ce philosophe conséquent, exprimé, dans l’innocence, il est vrai, de sa propre aliénation mentale, la vérité latente des présupposés d’une des errances principales de la sociologie relais en l’occurrence du marxisme stalinisé. L’économisme intégré à un pouvoir ou simplement à une pensée totalitaire est un des modes pseudo scientifiques principaux de dénier l’existence des sujets ce tabou désormais de la connaissance sociologique, qu’ils soient individus personnalisés ou sujets de l’histoire.

Dans les cadres de l’économisme et/ou d’ailleurs du sociologisme qui lui doit beaucoup, il n’y a strictement rien d’inattendu dans l’exposé dit scientifique, -et un grand nombre des thèses actuelles n’ont de ce point de vue désormais de thèses que le nom- tout est déjà donné dans la nomenclature éternisée et dans la clôture du champ. La science véritable n’est-elle pas, a contrario, une frontière mobile et inquiète à jamais questionnant, en l’occurrence tout ce qui est désormais à peu près éradiqué des institutions disciplinaires de la sociologie d’État. L’heure de la classe pour soi ne saurait jamais sonner pour les pensées de lareproduction, rebelles à toute singularité spontanée du mouvement social échappant à l’avant-garde organisée porteuse de la théorie. Qu’importe que celle-ci (le marxisme d’État) ait sombré depuis longtemps avec son État fantoche et meurtrier, on trouvera encore aujourd’hui des prophètes se pensant comme vigies dans les millénaires, ou comme temples de la vraie gnose, qui continuent de penser écrire et agir comme s’ils en étaient les sanctuaires quasi vivants.

Le travail de JPM, pour ce qui le concerne semble transmettre, pour qui veut en faire une lecture symptomale, plus d’inquiétude que de certitude

Probe ouvrier de la sociologie ouvrière – et nous disons cela sans ironie- …du Lersco, d’avant du Lestamp, il ne peut être réduit au propos strictement obligé qu’il était supposé tenir dans la gageure impossible d’exprimer à la fois la déréliction historique de la classe ouvrière et sa pérennité conceptuelle, projet délirant et réalisation hétéronome qui plus est sans la gratification finale ; on a vu dans quelle contradiction l’avait ligoté la commande de M. Verret et dans cette nécessité insurmontable il fait ce qu’il peut faire de mieux, son travail de lecteur insatiable, d’ordonnateur, de synthétiseur pédagogique et de référencement en un mot son travail de professeur, mais pas de chercheur, (et on ne reviendra pas sur ce qui rendait cela impossible) ; mais ce travail là il le fait parfaitement, et on n’ira pas jusqu’à dire que c’est devenue dans la profession une rareté. Il entre souverainement dans l’ouvrage par le mot Ouvrier, dont il propose rapidement la fameuse définition distinctive (?) – étonnante précision, de quoi que fallait-il donc se distinguer ?- qui constitue le noyau dur, quasiment la pierre noire de l’objectivisme verretien, ce dont à ses yeux et dans doute son œuvre tout découle, le bas comme la classe, la culture, la conscience, jamais nommée puisque supposée résultante de la position dans les rapports de production (classe en soi) éclairée par la juste théorie des intellectuels marxistes, ou sinon invalide, et en tout cas certainement pas, la personne comme forme individuelle humanisée d’existence. Cette définition distinctive trouve jusqu’à nos jours les données chiffrées plus ou moins cycliquement – L’Europe impose son nivellement productiviste de la connaissance- abondées et actualisées par les administrations du comptage d’État et utilisées par l’école les media et le quasi sciences sociales, comme catégories transcendantales univoques. A peu près tout ce qui se distribue dans ces taxinomies (?) se retrouve dans ce texte, ainsi que ce qui peut s’indexer cavalièrement comme certaines données politiques, mais rien d’autre. Chercher ailleurs, en l’occurrence hors de l’État, d’autres pratiques de la vie, n’était pas au programme, faute de temps ou par ce que la définition distinctive ne permettait pas d’y collecter des donnéeshomogénéisables.

Cet essai entérine donc apparemment sans mégoter, ce qui, de ces ouvriers dont l’agrégat est dit “classe ouvrière”, peut-être pensé quand même dans ce vocable organique à vocation totalisante et qui garde de ce fait une fécondité virtuelle au moins marginale, même s’il fonctionne ici, sans cultures et sans milieux concrets donc complexes, économiquement, politiquement en un mot socialement impurs, de vie… Était-ce la stricte commande de Verret qui ne voulait pérenniser que l’univoque transparence vide économiste, de la classe en soi, tout le reste irréductible à la théorie, ne devait pas encombrer le propos sinon pour dénoncer, ce qui est très peu fait. Est-ce simplement un état intermédiaire ? Lorsqu’il nous distribua son papier rien d’indiqua dans ses paroles, pas plus que dans con texte qu’il ne le considérait pas comme achevé sous éventuelles réserves de corrections mineures, ou majeures, sans doutes espérées de M. Verret et qui ne seraient pas venues malgré une ultime entrevue entre les deux hommes au cours de l’été peu de temps avant son passage à l’acte. Ce qui nous est donné et ce nous diffusons se présente à l’encontre de son titre hors sujet comme unemorphologie sociale, chère à MV admirateur de Maurice Halbwachs, – le plus “matérialiste” des durkheimiens -, arrimée à un économisme tempéré cependant par l’idée plus historiquede la déréliction d’une histoire fourvoyée échappant à ses penseurs patentés, qui dans la mer tempétueuse de la mondialisation se chercheraient quelque navire transhistorique dans la nostalgie de l’idée d’un port sinon d’une destination alors que son concept seul n’indique plus, comme par surcroît, avec le premier prolétariat et la mythographie du Manifeste communiste, une mission. Le mot plus modeste, mais ce n’est pas une critique, de “redéploiement” avancé dans l’article confié parallèlement à La Dispute (mais quand et par qui ?) indexé (malgré lui ?) à la fantasmagorie d’un (éternel) retour des (mêmes) classes, ne suffit pas pour trancher sur le fond de sa pensée en termes plus prospectifs. En tout cas on dispose avec cet essai si densément chiffré, d’un travail systématique de collecte critique raisonnée et synthétisée selon ces prémisses et d’un savant instrument de transmission de connaissances qui affronte, mais sans vraiment le briser, ce qui est devenu l’interdit des totalisations concrètes, problématique anthropologique, ethnographique et historique. L’utopie théorique nécessaire mais toujours à réinterroger d’une totalisation possible de l’expérience sociale humaine, constitua pour une partie de ceux qui furent mêlés à l’aventure initiale, dont nous sommes, le meilleur de l’ambition trop vite dite sociologique du Lersco ; sous réserve cependant de ne pas oublier que cette vision concrète et ouverte de la connaissance des sociétés était dès l’origine, écartelée entre un sociologisme qui détruisait l’ambition gnoséologique radicale de Marx, et un marxisme qui idéologisait plus ou moins radicalement les résultats anticipés.

Les inventions et les diversités des “ouvriers recomposés” – à l’instar des familles.- en milieux populaires ont besoin de sociologues qui ne soient pas plus qu’eux nostalgiques de feue “La classe” mais qui aient la décence de ne pas les disqualifier parce qu’ils n’ont plus rien à voir avec les fantasmes d’une classe éternisée par certains bien vivants idéologues, se disant sociologues.

A supposer que ce vocable ait encore un sens en dehors de mobilisations partielles et situées[23], la classe ouvrière nous a semblé dans ce remake très professionnel, doublement absente : absente et méta-absente ; pourtant nous pensons que le mode de pensée en acte refusant la chirurgie mortifère des champs homogènes, et les disciplines découpées en tiroirs, et qui tentent d’indexer pour une heuristique ouverte sous réserve de réfutation, des pratiques hétérogènes les unes aux autres sans préjuger de causalités a priori, restait et reste nécessaire et fécond, après la disparition, en tout cas dans la plupart des sociétés du monde, des grandes entités purement ouvrières, nationales ou internationales hypostasiées à partir d’une vision chirurgicale des rapports de production opérationnalisés par le lien entre des chiffres et une abstraction.. Pour rester dans le cadre français d’après le tournant de 1984, on comprend le refuge des pensées bureaucratiquement classistes dans la classe en soi de la statistique économique. Comment en effet intégrer dans un néo marxisme de la chaire que les deux votes les plus ouvriers de la politique, sont le CPNT des ruraux et le Front National des banlieues et de la France de la grande industrie du 20° siècle, des périphérisés en quelque sorte, à l’instar de la structure mondiale, et le silence embarrassé des sociologues en rajoute une lourde couche dans le confinement de périphéries ! Comment inscrire l’attachement culturel et politique des mondes ouvriers les moins déstructurés (la majorité) aux fondamentaux anthropologiques des cultures populaires et comment le rendre compatible avec l’effort privatif pour la promotion scolaire substitué à une culture usinière qui fut la matrice à la fois réelle et imaginaire d’une unité ouvrière perdue, pour autant qu’elle ait jamais majoritairement existé ? Comment décrire l’impur mélange des classes, qui s’évaporent en simples classements, et des cultures dans le couple “ouvrier” modal, c’est à dire socialement hétérogène, homme ouvrier, conjointe employée, institutrice, agricultrice etc. et encore nombreuse dans le Nord-est prolétarien, “au foyer” ? Comment rendre compte des solidarités sociales et culturelles à géométries variables d’une diversité ouvrière liée à la géographie anthropologique et historique des écosystèmes sociaux de reproduction (J Réault Nantes Lersco, 1989), de la polarisation assez radicale des villes et des campagnes toujours agissante quoique complexifiée par la rurbanisation, comment abolir l’écartèlement des ex cultures ouvrières entre un néo collectivisme assistantiel et un individualisme moderne cherchant dans l’école une promotion privée ? Comment oser, contre l’injonction néo-intellectuelle de l’identité française négative, nommer l’attachement ouvrier, non à un mondialisme abstrait ou à un européisme que les post (?) marxistes prétendent héritiers de l’internationalisme, mais à une souveraineté nationale dont pourtant Emmanuel Todd a si brillamment montré dans sa conférence de 1994 à la Fondation Saint-Simon ( Aux origines du malaise politique français) qu’elle était organiquement solidaire de ce qui pouvait éventuellement se pérenniser et resurgir (lors d’évènements historiques singuliers non déductibles et non dans le ciel des éternités marxistes), comme plus ou moins fugace et partielle conscience de classe. Et la crise immense qui vient de surgir (2007-8) comme étant à la fois celle de la mondialisation et de la dé mondialisation pourrait encore de ce point de vue réserver quelques surprises.

L’impossible évitement des espaces-temps des sociétés de la mondialisation.

La mondialisation telle que nous l’avons analysée au sein du Lestamp, (J. Réault, Les sociétés de la mondialisation, Appel à communiquer et “Pour un lieu commun des sciences sociales”, introduction au colloque Les sociétés de la mondialisation[24], Nantes, Edition Lestamp juillet 2005) d’une part comme processus global et comme politique centrale étatsunienne jouant comme prédation des sociétés des classes et modalement de tous collectifs modernes associatifs au profit d’un retour des communautés primitives, et d’autre part comme rapport social dans lequel les sociétés contradictoirement menacées, restent plus ou moins et toujours contradictoirement des sujets dans et contre elle, la mondialisation donc est étrangement abstraite sinon absente de cet texte écrit un quart de siècle après son imposition centrale à toute une planète. Est-ce parce que MV a muté son l’internationalisme verbal de l’ère soviétique en euromondialisme spécifique des néo-bourgeoisies bobos des grandes villes, ce qui est effectif mais pas forcément déterminant ici ? Est-ce plus profondément parce que la prise en compte des nouveaux rapports sociaux que la mondialisation structure mettrait en pièce toute tentative de faire survivre l’ancien système de classes indépendamment et corollairement à la dé subjectivation idéologique et culturelle, subie et volontaire, de la classe ouvrière par les ouvriers eux-mêmes au sein de leur expérience bien réelle de ces processus ? Et pourtant s’il y avait en 2003, et il y a toujours, un héritage à sauvegarder des apports marxiens et de l’expérience historique ouvrière des rapports sociaux ce serait dans la recherche des nouveaux fronts dans de nouveaux rapports sociaux induits par les processus et la politique mondialisante. Ces fronts de rapports contradictoires virtuellement champs de mobilisations de forces se situent d’abord – et chacun peut en faire le constat empirique – entre sociétés-nations (voire ensemble civilisationnels?) et prétention violente de domination centrale, entre peuples dans toutes leurs modalités et territorialisations et appareils centraux visant à les néantiser inséparablement comme peuples sociaux affrontant le capital mondialisé, et comme peuples nationaux, indispensables unités de résistance pour qu’en ce processus et face à cette politique de dédifférenciation régressive des sociétés en unité biologique de marché, l’histoire humaine soit encore possible car peuplée de sujets. Souverains.

JP M semble avoir au, delà des réponses pondérées à apporter aux deux questions ici posées, intégré l’interdit, passé depuis 1984 par les gauches de gouvernement libéralisées dépopularisées et de facto mondialisées, de considérer encore la souveraineté des peuples sans laquelle, il est parfaitement oiseux de chercher des subjectivations collectives de classes qui requièrent – ce que la classe en soi de Verret avait par avance neutralisé – l’instance politique de l’État nation, pour se présenter à la fois comme consciences et comme luttes. Les ouvriers en France qui avaient concomitamment perdu,- avec la financiarisation du capital relayée par leurs propres représentants dans leur État de société salariale leur pouvoir de négociation du salaire pour eux et pour le salariat, -leurs appareils de combats organisés détruits dans et par la désindustrialisation des années 80, l’appui mythifié mais précieux de l’intelligentsia d’après 1984 (Vive la crise ! de Libération, Y Montand etc.), et seulement in fine leur propre auto-identification comme acteur épico-historique autonome et/ou indexé à l’URSS; ont cependant perpétué leur existence sociale dans les nouvelles unités composites revitalisées et métamorphosées à la fois par la mondialisation.

Loin de se dissoudre dans la légitime privatisation de leur genre de vie ils perdurent avec des effets pertinents dans des unités populaires, à la fois nationales – d’où la captation conséquente de leurs votes par ceux qui osaient encore se revendiquer du peuple souverain, fussent-ils portés par J M Le Pen, et par ceux qui se présentaient comme résistance populaire, la plus précieuse et charnelle, territorialisée au niveau des formes de vie et d’habiter réelles, comme le mouvement rural emblématisée par le révolutionnaire (du printemps 1789) droit de la chasse dont le vote fut souvent le plus ouvrier pendant le dernier quart de siècle. Cette double myopie à l’égard de l’inscription socio spatiale des rapports sociaux qui n’est pas neuve mais dont l’intensité et la centralité structurante est spécifique de la mondialisation, se résout finalement en une seule. En deçà de l’analyse qui reste en procès, des restructurations sociales dans et contre la mondialisation, il y a le refoulement, actif chez MV qui le connaissait bien, plus latent et mimétique chez JPM, de l’apport braudélien que nous avions développé au sein du Lersco.

Depuis les premières économies-mondes, le capitalisme historique[25] se présente comme un emboitement d’espaces temps multiples dans Un espace temps à prétention totale, en procès à la fois résistible constant et dépassable (recentrages), celui du temps du monde.Dans la mondialisation stricto sensu (telle qu’elle s’induit comme nouvelle forme d’adaptation (Guy Bois) [26] à la crise survenue après1974, avec la convergence d’un processus devenu planétaire et d’un centre de violence sans contrepoids systémique, la résultante tend à devenir non seulement totale mais totalitaire de par la désubstantialisation de la démocratie corollaire de la prédation (relative) des nations et (donc ?) des classes. S’il y a encore des logiques de classes à invoquer pour l’intelligibilité des sociétés ; encore faut-il les rapporter à cette structure globalisante et en interférence avec le rapport social principal que constitue le rapport des peuples (,ou d’ensemble identitaristes fourvoyés dans l’ethno-culturalisme,) au processus et à la domination centrale comme procès ou comme appareil de pouvoir revendiqué. Ce ne sont plus des bourgeoisies nationales qu’affrontent les peuples travailleurs (unités des peuples nationaux et des exploités de la financiarisation dont les ouvriers ne sont qu’une des composantes, minoritaires dans les sociétés péricentrales). A plus forte raison, ce ne sont pas les grotesques classes sup (en réalité le salariat le plus expert plus ou moins artificiellement séparé statutairement du reste et en voie de prolétarisation) recuites par le sociologisme bureaucratisé et notamment bourdivin, mais l’hyperbourgeoisie mondiale profilée par Denis Duclos[27], et ses relais idéologiques,classes parlantes, avons-nous formulé en 2004-[28]- restes bureaucratiques des ex partis, exouvriers compris- monopolisant le discours légitime unique de scène politique culturelle et médiatique des capitales et grandes villes de l’archipel de la mondialisation, l’industrie, le peuple, les ouvriers les familles du salariat expert, se trouvant en de multiples modespériphérisés dans les espaces opacisés et occultés par les media, du périurbain, du rurbain et du rural

L’orthodoxie poststalinienne où doit régresser JPM pour remplir son contrat avec l’intellectuel qui en fut probablement l’idéaltype doublé d’un croyant, refoule ces réalités dont il n’a certes pas l’intelligibilité claire mais dont il a l’expérience partielle pratique et théorique. Elle le met dans l’impossibilité de penser même, (ce qui serait la continuation féconde d’une sociologie ouvrière non idéologisée qui reste une des ambitions du Lestamp, dans le fil des œuvres “ouvrières” notamment de Joëlle Deniot et de Jacky Réault voire même par son matériau empirique spatialisé sur des enquêtes inédites sur l’adhésion ouvrière au communisme, de J P Molinari lui-même, une sociologie contemporaine des mondes ouvriers réels dans leurs communalisations populaires spatialisés où l’on se soucie désormais comme d’une guigne de l’ex classe ouvrière, concept d’identification historique qui a été dès le début des années 80, et sous le règne de ses ultimes représentants (le PC et le PS de 1981, en 1984 c’est terminé ?) , comme frappé de péremption[29]

Pourtant JPM a introduit dans son article une complexification de la CSP 6, introduite en 1982 à l’orée même de la mondialisation, qui aurait pu ouvrir la voie à cette analyse concrète socio-spatiale des rapports sociaux dans la mondialisation comme elle avait été éprouvée dans l’analyse plus générale que nous avons menée sur le temps long des degrés et formes de prolétarisation. Il s’agit de la distinction entre ouvriers de travail artisanal et ouvriers de travail industriel, dont nous avions montré en 1989 la pertinence analytique[30]. Au delà du marquage productif c’est le maintien, de tonalité très braudélienne, de modes de production hétérogènes sous la dominante capitaliste financiarisée, que pouvaient indiquer cette partition à forte composante spatiale de surcroît donc virtuellement supports de communalités populaires différenciées, urbaines, rurbaines, rurales et évidemment de formes de prolétarisation, le seul concept pouvant perdurer sur le temps long des métamorphoses du capitalisme. Nous les avions systématiquement éprouvées dans ce travail de 1989, sur les formes de vies ouvrières dans les écosystèmes sociaux (populaires donc) de reproduction. Tous les pluriels y étaient déjà de même que la problématique dominante de la mondialisation dans les rapports sociaux affrontés par les ouvriers était déjà explicitement affirmée dans notre Ouvrier de l’Ouest publiés à la fin et dans le fil de la dernière recherche à vaste ambition nationale, de l’ATP CNRS Observation du changement social et culturel,Jacques Lautmann, Henri Mendras[31]. La régression sur ce point marxiste orthodoxe, de la pensée tardive de M Verret a éloigné JPM de cet héritage qu’il connaissait[32] comme participant tardif mais réel à l’ATP et parce que les œuvres citées avaient été conçues en radicale autonomie personnelle certes mais dans le cadre de notre commune appartenance au Lersco. Ainsi l’idéologie économiste stalinienne – où l’expérience humaine réduite à la chosification des forces productives – (ou social démocrate, sur ce point assez proches) l’emporte, et, des deux indicateurs cruciaux ouvriers de l’industrie, ouvriers de l’artisanat, n’est fait qu’un usage réducteur sous la rubrique du travail productif alors qu’ils renvoient à des univers sociétaux différents, ne serait-ce que par le lien des modes de production de la petite production avec les mondes ruraux qu’ignore radicalement JPM.. Ainsi les virtualités théoriques malgré tout accrues de la CSP revue PCS de 1982, sont étouffées dans l’œuf, cuit et recuit du fossile théorique de la classe en soi. Si reste quelque chose à sauver de la thèse qui fait des ouvriers, (à intégrer désormais d’une part dans des ensembles de salariés requis par la production au sein des sociétés nationales affrontant la mondialisation, d’autre part dans des milieux socio-spatiaux populaires) ceux qui affrontent en première ligne le capital mais dans son actuelle forme financiarisée, c’est d’évidence dans ce contexte qu’il faut les analyser dans la double médiation des deux modalités spatiales du populaire, le territorial qualifié et le national. Au delà le concept n’a plus aucun sens comme l’idée d’un peuple transnational, une absurdité.

Dans ses limites qui sont celles de l’économisme mais aussi de son meilleur corollaire le goût de la précision statistique, par sa probité descriptive y compris lorsqu’elle gène la théorie (l’ouvrier du tertiaire ?), par certaines inquiétudes qui osent s’y manifester marginalement et par le souci permanent d’introduire des successions datées sinon strictement de l’histoire, parce que donc irréductible au vide idéologique du champ, gardant, ne serait-ce que dans son nominalisme, la nostalgie d’une totalité concrète intelligible, ce texte pourra faire référence sociographique et sous réserve de contextes plus larges, historique. Son édition sur ce site du Lestamp Association est à lire comme un hommage à un auteur et une personne, que son institution universitaire, département et UFR de sociologie de Nantes, s’avéra incapable de lui rendre, trop atteinte qu’elle était déjà, il y a déjà cinq ans, par le mal autophagique et épurateur dont elle ne finit pas de mourir et qui l’empêche à jamais se donner le miroir de son inexistence dans la fête (la célébration en est une) impossible. Le propos est hélas généralisable à beaucoup d’autres sites de la post-université. Comme l’a évidemment constaté le lecteur qui nous aura suivi jusque là c’est à propos d’une pensée inquiète donc vivante, qui méritait et mérite toutes les joutes de la disputatio intellectuelle dont JPM fut si friand et parfois dans une dureté de parti et d’époque durant sa vie, que nous avons esquissé cette exégèse sans complaisance qu’appelait le contexte d’une école intellectuelle survivante dont l’histoire reste à écrire. Et c’est dans cet esprit que ce qui n’a été au début qu’une brève médiation (y compris sur ce site) est devenu d’une certaine façon, comme son objet-sujet même, un autre essai. Il fut un membre actif et parmi les plus éminents des collectifs de chercheurs, le Lersco, le Lestamp EA Université de Nantes, dont nous procédons, comme toujours dans les identifications vivantes, par héritages et par ruptures. Ceux qui se prétendent encore gardiens d’une tradition théorique plus féconde que ses pétrifications dogmatiques, en l’occurrence la pensée de Marx, – et parmi eux le maître d’ouvrage même de l’essai de Jean-Paul Molinari l’inspirateur adulé de ses postulats-, n’ont pas cru devoir manifester leur réception de leur travail littéralement sous-traité, ni encore moins le publier. Le Lestamp association, laboratoire associatif qui n’a d’autre ligne théorique que son goût de la liberté et de la profusion des idées et sa quête des unités vivantes contre le côté mortifère du construit sociologiste, se devait de mettre ce texte comme réprouvé par son inspirateur, à la disposition butineuse et critique de tous ceux qui restent en faim insatiable de connaître, et même si c’est (peut-être ?) dans des catégories antérieures à leur gestation, les sociétés de la mondialisation.[33]

Jacky REAULT

Lestamp-Association (Que faire de la classe du Lersco ?) Juin 2005. Revu et très largement augmenté entre le 11 novembre 2008 et février 2009. Lestamp-Association, Habiter-PIPS EA de l’Université de Picardie Jules Verne, sous le titre Les ouvriers de la classe au peuple. L’après de l’émancipation.

Dernières interventions de lissage formel 2014.
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Notes

[1] Certaines des notes ici fournies constituent de brefs essais et notamment les exposés théoriques concernant le devenir contemporain et les limites d’une heuristique de classe ainsi que la genèse du concept historique organique de classe ouvrière. Ils sont pour l’essentiel élaborés dans le fil de J Réault, De l’en soi au pour soi, le chez soi. Communication à Bilan réflexif d’itinéraires de recherches en sciences sociales ; Journées d’Habiter-Pips. Axe III Amiens 5 décembre. une préédition web ( e-publication) est disponible à J Réault (Editeur) Bilan réflexif d’itinéraires de recherche en sciences sociales, in www.sociologie-culture.com

[2]C’est de loin la plus importante et la plus nourrie des trois œuvres posthumes qui sont désormais avec celle-ci accessibles, avec l’article Retour à Mauss, parue in Y Guichard-Claudic, Ph Lacombe, C. Papinot, De Bretagne et d’ailleurs. Université de Brest 2004, (Mélanges offerts à Anne Guillou), et Ouvriers classe ouvrière : entre déclin et redéploiement, sa contribution à P. Bouffartigue. Le retour des classes sociales, inégalités, dominations, conflits, La Dispute 2004. Signe de liens et de reconnaissance fort, es auteurs et éditeur ont dédié leur livre à JPM. Ce qui est un élément de réponse à une de nos questions.

[3] Ce qui est d’ailleurs tautologique car le mythe est l’attribut organique de tout grand sujet historique (ou biographique d’ailleurs) et non une sorte de maladie archaïque que traitent avec mépris les sociologues qui en se drapant dans quelque parti de la raison évolutive se montrent radicalement inaptes à rendre compte de l’épaisseur complexe d’un réel humain non modernisable sous peine de ne plus l’être.

[4] J Deniot, J Réault 2006 sur www.sociologie-cultures.com

[5] Emmanuel Todd, Sur le malaise politique français. Fondation Saint-Simon. 1994. Et l’illusion économique, essai sur la stagnation des sociétés développées. Gallimard 1998

[6] D’autres couples antinomiques et interrogatifs peuvent peut-être plus dialectiquement l’exprimer : – Cet essai constitue-t-il comme un retour aux sources ou un retour en arrière ? Un reflux dans l’imaginaire ou une résurgence du réel ? L’avenir d’une illusion ou un repentir de l’histoire qui vit s’effacer dans les sociétés centralesles classes sociales issues des deux premières révolutions industrielles et qui étaient encore plus ou moins constituées politiquement à l’orée de la mondialisation (1974-1984) ? Ces formulations ne sont pour nous exclusives ni dans leur successions ni même au sein de leur polarisation. Pourquoi faudrait-il répondre dans l’univocité tant à la complexité d’une pensée qu’à celle du réel ? Pour ce faire point n’est besoin de s’inscrire dans un métalangage théorique radicalisé par la sauvage fétichisation d’une “rupture”, – sommet de la schizoïdie althussérienne-, notre épistémè, autour des concepts de milieux, commun, populaire, etc., se résume autour de la formule fédérative de lieux communs des sciences sociales, une “sociologie” véritable a besoin de toutes les sciences sociales donc d’un langage transversal qui participe, certes, sous réserve d’une exigence de rigueur particulière, des mots de la tribu, ( Mallarmé). Il y a dans cette démarche une interférence avec d’autres réflexivités critiques des sciences sociales dont celle de Michel Maffesoli autour de la connaissance ordinaire(Méridiens 1985) qui reconnait une dimension de connaissance dans toute expérience sociale, sous réserve peut-être, d’ajouter, pour ce qui nous concerne que c’est chaque fois à éprouver en termes de forme et de degré de connaissance

[7] Les contemporains de la genèse des ouvriers modernes selon l’expression classique des Marx et Engels du Manifeste, dans l’Angleterre du dernier tiers du 18° siècle les appréhendèrent comme une unité historique nouvelle à l’interférence de trois déterminations théoriquement et réellement différentes et dont la confusion est jusqu’à nos jours source de confusion jusque dans la sociologie la plus contemporaine, – 1°) la prolétarisationabusivement absolutisée en prolétariat (formule savante et/ou assistantielle à l’origine, puis idéologique), mais dont le succès s’ancra dans les caractères particuliers de l’accumulation primitive anglaise qui avait effectivement engendrée, avant l’industrialisation, un prolétariat. La prolétarisation en revanche reste un concept non idéologique si on en cherche les indicateurs de formes et de degrés, mais ce qu’il dénote et pondère est transversal à toutes les sociétés agies par l’accumulation du capital et non à un sous-ensemble fut-il ouvrier. -2°) le travailintégré aux machineries de la naissante grande industrie de la première révolution industrielle, définissant desproducteurs (parmi d’autres, artisans, paysans, composantes à un autre niveau de largement dé dans la société) inséparablement de valeurs d’usages et de survaleur – 3° la stricte situation hiérarchique et statutaire d’exécutants pour l’immense majorité, ce qui n’exclut pas de grandes variations dans l’autonomie pratique, objet notamment de la belle sociologie ouvrière de Pierre Dubois, un des rares sociologues à avoir sociologisé l’usine de l’intérieur avec Joëlle Deniot (autour du concept ouvrier de coopération). Ces deux auteurs mettent à l’avance en pièce la tardive définition verticale de M. Verret (salariés d’exécution), une de ses transitions, en y réfléchissant de la “classe ouvrière” au “bas”. La seule identification indigène et la plus auto revendiquée (ouvrier, working classe, Arbeiter,) fait référence à la seconde détermination, inégalement solidaire de la troisième et c’est dans la fabrique (usine, factory…) matrice de nouveaux collectifs justement soulignée par ce qu’il y a de sociologie transférable dans le Manifeste communiste, surgit l’identification nominale dans un mot qui en français reste, on l’oublie trop, une perception sublimée et non dévalorisée de leur activité Œuvre, ouvrier, et à un niveau de conscience de soi interactive avec la conscience sociale générale, classe ouvrière, furent, au cours des développements des révolutions industrielles dans l’espace du monde, universellement le principal principe d’identification collective au point que dans la plupart des sociétés centrales le mot de travailleur fonctionna comme quasi synonyme, alors que, tant dans la réalité que dans la conscience de soi la prolétarisation, d’ailleurs lentement surmontée jusqu’à la veille de la mondialisation, ne fut jamais un critère principal et il ne pouvait évidemment pas être un critère exclusif. Quant au terme de prolétariat, il était devenu le marqueur principal de l’idéologie marxiste et pire, des États qui prétendirent s’en inspirer, et fut privilégié comme principe massifiant de perception que se donnèrent les partis et les états communistes.

Du travailleur libre au travailleur libre ?

la classe ouvrière comme parenthèse ?

Deux révolutions industrielles avaient tendanciellement permis leur -toujours relative- constitution en classe, comme classe ouvrière, unité de pratiques d’institutions et de sens cependant toujours partiellement hétéronome pour les ouvriers existants parce que disputée entre des fractions ouvrières plus ou moins durablement organisées inégalement autonomes, les appareils politiques et syndicaux toujours ambivalents, voire les États (?), qui s’étaient proclamés leurs représentants, différentes fractions de l’intelligentsia dans ou hors l’Université. Après l’abandon quelque peu dans un autre ordre de cette représentation pratique (grèves, mouvements sociaux) et/ou instituée, d’un sujet historique qui fut toujours et par définition de son lien organique ( là le Marx de la section VI du Capital est indépassable), à l’accumulation du capital, à géométrie variable donc toujours inégalement réalisée, la mondialisation accéléra la transformation des ex – appartenant (?) de tous degrés de toutes positions centrale ou périphériques, de toutes formes d’action et de “consciences” à une classe ouvrière- en ouvriers, personnes familles lignages. Des sujets modernes en l’occurrence ? Ne peux-ton dire, au vu de la démanuélisation du travail ouvrier et de la mécanisation du travail employé voire expert, et en considérant l’homogénéisation populaire sociale et/ou populaire commune des modes de vie, que l’appellation ouvrier est, y compris pour les intéressés (sans négliger l’effet interactif des appellations maisons) est en recul et pas nécessairement par un effet de rapport social subi. Pour passer à un niveau théorisé d’une telle hypothèse, en inversant d’une certaine façon le propos tenu dans l’ordre d’exposition du Capital qu’avec la mondialisation les ouvriers sans classe ouvrière fontretour au statut générique de travailleurs libres, salariés parmi d’autres ? Ils vivent normalement d’abord une vie privée durement conquise quoique sans doute plus intensément impliqués que les salariés à statut hiérarchique ou d’expertise scientifique, et de toute façon spatialement séparés, au sein de tissus populaires variés unifiés spatialement. Dans ces milieux fortement empaysés (ancrés dans un territoire immédiat), ils s’inscrivent dans et s’identifient modalement de façon tenace et contraire à l’idéologie prolétarienne des marxistes, comme peuples national en même temps que partie principale d’un peuple social. Le local serait ainsi par ce biais de l’expérience populaire vécue, médiateur plus qu’opposé au national. C’est dans cette référence qu’à partir environ de l’année charnière orwellienne et symbolique de 1984, en majorité, contre la majorité de leurs anciens représentants politiques et ex alliés intellectuels, mais au sein de leurs hétérogènes milieux de vie, ils s’engageront parmi les plus tenaces résistants à la désouverainisation, cette pointe aigüe des processus et des politiques de la mondialisation. Libérés du double mythe stalinien de la “dictature du prolétariat” par l’effondrement symbolique de l’URSS et l’obsolescence intellectuelle morale et politique de leurs représentants qui les renient jusqu’à oublier leur nom, c’est dans des résistances doublement empaysées, localement et nationalement qu’ils se sont principalement situés. Loin de s’évanouir, selon la description aussi myope que malveillante qu’en donnera la fraction de la sociologie qui continue à invoquer leur passé pour déconsidérer leur présent, dans une passivité sociale et politique, une démoralisation « populiste » etc., ils intègrent dans leurs mobilisations le dense faisceau des déterminations contemporaines qui constituent autant des contributions actives à… que des effets de…, la mondialisation. On citera pour mémoire et sans aucune exhaustivité – La rupture par leurs organisations politiques du contrat scellé jusqu’en 1983-4 avec l’État nation qui avait imposé au capital l’indexation de la croissance au progrès social (Aglietta, A Brender, Les métamorphoses de la société salariale. Calmann-Lévy 1984) dont la hausse continue de salaires, -la désolidarisation active et très vite méprisante des intelligentsias mutant en classe culturelle (E. Todd L’illusion économique) mondialisées, la constitution d’un nouveau bloc historique adverse (des partis de gouvernement et des intellectuels euromondialisés), unifiée, selon les auteurs, par la pensée unique, la pensée zéro, qui leur barre tout espoir généralisé de hausse des salaires interdites par l’asservissement par Fr Mitterrand du franc au mark-rentier déflationniste, tant au niveau largement dé monnayé de leur établissement de travail, qu’au niveau national à l’issue de mouvements sociaux. Entériner, avec ce réalisme historique qui constitue un élément structurant de temps long des cultures populaires, paysannes artisanales et rurales d’abord mais aussi largement ouvrière, ce qui dans une conjoncture historique dépend d’eux et ce qui n’en dépend pas, ne signifie pas bien au contraire, s’enfermer dans cette amère nostalgie auquel les réduisent l’ethnocentrisme de classe et de scène de la sociologie post-classe ouvrière des années de la mondialisation.

Une théorie générale de la mobilisation (la société est contre nature,(Moscovici), la crise est première (R. Girard, P. Legendre, la culture est (d’abord) un système de défense, G Devereux, voire Marcel Maget)

A partir du colloque du GIRI (1984, Les processus de la mobilisation sociale) que nous avions personnellement proposé et directement organisé (et dont seules les communications d’historiennes sont éditées, d’autres le seront par nos soins), la culture du Lersco (sa composante sociologique, intégra avec des variantes personnelles le concept de mobilisation pour faire pièce à ce que nous pensions être une tendance logomachique dans l’utilisation de celui de stratégie, que ce soit dans sa variante économiste rationaliste ou dans sa variante bourdivine cumulant tous les désavantages du dogmatisme de l’habitus et de l’idéalisme idéologique. Le texte de JPM revient en deçà de cette critique après que MV se soit rapproché du clan disciplinaire des descendus de P. Bourdieu. A l’encontre de la réduction passéiste et un tant soi peu condescendante de l’ainsi-nommé Monde privé des ouvriers vus par Olivier Schwartz, nos travaux et ceux de Joëlle Deniot avec son Décor ouvrier, la seule socio-ethnographe conséquente de l’intimité populaire, principalement ouvrière, convergent dans ce postulat que penser concrètement les ouvriers réels passe par la prise en compte des mobilisations au sein même des formes de vie ; leur mobilisation principale est devenue leur forme de vie elle même, ce qui les a mis finalement (ou en réalité maintenus ?) dans le lot commun des hommes (homines) et a fait sortir ceux qui en étaient englués, de lacondition prolétarienne ; mais cette irruption de réalités brise le caractère exhaustif et le caractère exclusif de la définition distinctive d’une « classe ouvrière » par . On rappelle pour mémoire(dans le fil de notre ouvrage de 1989 , Formes de vie ouvrière et écosystèmes sociaux de reproduction, Nantes, Lersco, o.c. les éléments principaux d’une grammaire générale d’une telle approche. C’est à travers elle que l’on peut penser -les -mobilisations lignagères familiales territorialisés en tissus populaires restreint, – les mobilisation territorialisées en tissus populaires larges, suburbaines rurbaines rurales, – les mobilisations économiques nationales, l’hégémonie des services matériels face à l’Etat, – les mobilisation d’établissements essentiellement défensives, virtuellement trans-salariales, et même – les mobilisations syndicales et politiques où se condense l’unité dialectique des écosystèmes de reproduction populaire et du national. C’est sans doute dans la mobilisation la plus sociétalement requise, pièce maîtresse du roman social de ce pays mais en même temps structuration de sa reproduction, l’ambition à s’instruire, les mobilisations scolaires, que la survivance d’une vision de classe unifiable des ouvriers se trouve le plus radicalement mise en défaut. Les fonctions de cette scolarisation, à la fois transmission virtuellement égalisant et marquage statutaire très intense en ce pays sont d’entrée devenues radicalement ambivalentes : vertueuses tant que l’école transmit, elles deviennent perverses par la disqualification sociale de l’absence de diplôme, qui, instrumentalisée par les media et les classes parlantes françaises, voire plus largement les classes culturelles triturées par la presse des années 80-90 ont induit, (sur ce point E Todd de l’illusion économique) est irremplaçable), l’antipeuplisme et son instrumentalisation politique, pour tenter de promouvoir encore leur descendance par l’accès à l’Université, dans lesquelles ils se trouvent ; la possibilité d’y pourvoir les met dans une assez radicale inégalité selon leur qualification et leur degré de prolétarisation et plus relativement au sein de tissus territoriaux hétérogènes selon les écosystèmes sociaux populaires de reproduction où ils sont insérés. Certes tous, mais ils ne sont pas les seuls subissant les effets de l’abandon par l’institution scolaire puis universitaire et largement là aussi à l’initiative de leurs ex représentants, de la transmission d’un haut niveau de savoirs à l’échelle de multitudes. Dans les années 80-90, derrière les plumes venimeuses de la presse des bourgeois maoïstes de 68, avec S July, H Le Bras, A Lipietz, etc., l’attribut populaire historique de l’absence de diplôme devient un marqueur de leur sous humanité de peuple indigne au vote déshonorant. Ignoble retournement du handicap relatif en pêché originel pour le plus grand profit du parti socialiste, jusqu’à ce que l’histoire leur renvoie la pichenette vengeresse de l’éviction de Lionel Jospin, ce grand liquidateur de l’école du peuple en avril 2002.

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[8] 1999. L’Harmattan.

[9] J Réault, Formes de vie ouvrière et écosystèmes sociaux populaires de reproduction. Nantes Lersco 1989.

[10] In, J Deniot, avec C Dutheil, Crises et métamorphoses ouvrières. L’Harmattan 1994.

[11] E Todd, L’illusion économique, o.c. et P A Taguieff, Résister au bougisme. Mille et une nuits 1998.

[12] Cet antipeuplisme est d’abord l’expression et l’injonction du haut des scènes médiatiques et des oligarchiesmonopolisatrices des centres, bobos qui titrait le Monde des 24 et 25 juin “font passer les villes à gauche”, – Gauche ? Tendance mondialisation-. Il trouve son complément apparemment paradoxal dans le verbalisme gauchiste universitaire de dénonciation du peuple et du populaire, méprisés réduits à l’abjecte domination sans appel et sans espérance de la vulgate bourdivine dont le succès, jusque sur les ondes de BFM (Business FM) tient au mélange de simplisme théorique, une pensée binaire non contradictoire à connotation éthologique, et d’une langue confuse et ampoulée qui impressionne naturellement l’inculture. . Et ce n’est pas le seul terrain où les deux anciens rivaux (les marxistes orthodoxes irréductible ex communistes et le clan bourdivin) se sont, dans cette nouvelle période, profondément rencontrés- le bas et la misère mêmes appas, – jusqu’à ce que leurs héritiers mêlés forment le l’appareil de pouvoir le plus cynique et cruel de la lutte pour le pouvoir les places et l’argent dans la sociologie instituée. Leur dénonciation du dit populisme reste cependant embarrassée voire confuse, comme celle de l’Alain Pessin du mythe du peuple, tentant avec Bruno Péquignot, lors du colloque Les peuples de l’art(Octobre 2002 Nantes, Lestamp) d’imposer un brulot à prétention définitivement abolitionniste en propos liminaire normatif. L’édition des actes a ironiquement repondéré leur tentative en la reléguant en fin d’un tome sous la rubrique « déconstruction ». En revanche il n’y a aucun état d’âme, sur des scènes légitimes et de la bien-pensance dénonciatrice du populisme, chez Pierre Rosanvallon, l’idéologue principal – le plus haineux en tout cas – de ce mouvement d’abolition scientifique des peuples. La cohérence est radicale de celui qui fut de surcroit un des inspirateurs de la CFDT rompant avec le mouvement ouvrier du premier recentrage de 1978 jusqu’à l’effondrement de 2003 et qui signa dans les lieux de Mémoire de Pierre Nora l’article qui prétendait désymboliser la souveraineté du peuple obsession de toute son œuvre. Mais c’est avec La nouvelle question sociale. (Seuil 1995) que la clé de cette pensée se livre avec une théorie d’une raison sociale réductible à la supposée transparence darwinienne des gènes prétendant annexer la théorie de la justice de Rawls et prôner cetteinversion de l’égalité républicaine en équité alias inégalité, fondatrice d’un nouvel ordre social totalitaire, comme l’avait lumineusement montré Luc Boltanski dans le célèbre article misère de la philosophie sociale (Le Monde 7 fév. 1995)L’antipeuplisme théorique a dans les sciences sociales également une dimension de guerre civile contre toute sociologie qui la récuse : les héritiers du Lersco non marxiste et radicalement autonome à l’égard de tout appareil politique dans le Lestamp et d’abord la plus illustre, l’auteure de deux des références les plus achevées d’une sociologie et d’une anthropologie ouvrières, La coopération ouvrière à l’usine des Batignolles (Anthropos 1984), Le décor ouvrier (L’Harmattan 1996), l’éprouvèrent pratiquement sur eux-mêmes et sur leurs entreprises de recherche avec une violence qui alla croissante entre la mise au mur publique à Nantes (28 janvier 2003) au nom du fondateur du Lersco et de quelques comparses, en janvier 2003, la privation de tout moyen de recherche et de direction de thèse, et le détournement, matériellement découpé par ce même fondateur, vers une récupérationGrenobloise de tout un pan d’œuvres au profit d’un personnage médiocre et creux devenu la nouvelle épouse du maître du lieu en 2004, puis son successeur après décès en passant par une HDR ad hoc.

[13]Classes et problématiques de classes : Marx est le théoricien et plus modestement l’annaliste, historien du présent, des luttes de classes pas des classes dont toute sociologie s’inscrit dans un fixisme bureaucratique, latent dans les classes du Lersco et manifeste dans sa dégénérescence en reproduction et habitus dans la vulgate bourdivine dont la responsabilité est radicale dans le déclin intellectuel de la sociologie instituée. Si l’on veut se donner une approche à la fois extrêmement élaborée, profonde et prudente de la fécondité relative d’uneproblématique de classes et non de classes entités nominalistes, il faut lire et relire, des historiens d’avant une stérilisante sociologisation mais, pour faire vite et fort et sans trop se soucier de la forte coloration structuraliste d’un discours partiellement daté, l’un des plus savants interprètes contemporains de Marx, pour qui la connaissance des sociétés ne saurait se réduire à une conception disciplinaire bornée de la sociologie, Nikos Poulantzas (Pouvoir politique et classes sociales Maspero 1975). Une détermination de classe se manifeste parl’effet global des structures d’une formation sociale, (complexe singulier et historique de modes de production, d’institutions de langue d’ordre sociétal, etc.) dans le domaine des rapports sociaux. Sachant que cet effet se manifeste (ou pas) spatialement et historiquement dans des actions (virtuellement ou manifestement, politiques)déclarées de quasi groupes dont le degré d’existence réelle, ne s’adjuge que dans des pratiques réelles manifestant l’effet pertinent de la position dans les rapports de production, dans le domaine politique, comme forces sociales, parmi d’autres forces sociales. Cet effet global manifesté en effet pertinent ne s’adjuge pas a priori dans les agrégats économistes d’une classe en soi, pur artefact de statisticien se disant sociologue, mais dans des actions déclarées et des déterminations éventuelles sur l’ensemble des pratiques (hypothèse de totalisation). Le tournant de la mondialisation (1974-1984) et la fin des cycles ouvrier (Régis Debray) et socialiste, qu’entérina l’effondrement de l’URSS avec un retard dû à l’inertie des rapports sociétés-États, ne signifient pas que de telseffets tendanciellement tous azimuts et les actions déclarées de forces sociales soient devenus inexistants. Il est notamment indispensable d’éprouver heuristiquement une problématique de classe à l’échelle de la mondialisation(Guy Bois, Une nouvelle servitude. Essai sur la mondialisation F-X de Guibert 2003), c’est à dire pensant l’interférence contradictoire du processus mondialisateur et des sociétés réelles modalement nationales. Les configurations-actions de classes continuent de s’adjuger d’abord, ce qu’avait d’ailleurs fortement affirmé le Marx du Manifeste, au sein des États-nations affrontant les processus et les politiques, internationales en 1848, mondialistes en 2008. C’est cette approche qu’a esquissée, par exemple Denis Duclos avec le repérage d’une l’hyperbourgeoisie mondiale (Monde diplomatique Août 1998), à base évidemment principalement centrale (américaine) reléguant les bourgeoisies nationales dans la même subordination que les mondes populaires (plèbe travailleuse et ensembles de communalités culturelles et politiques transclasses) et les peuples (populi). De la même façon on ne peut penser désormais en termes de sciences sociales (expression plus fiable que l’étriquéesociologie) sans intégrer le développement au sein des sociétés nationales mais en plus ou moins grande fusion mondialisée entre elles) de classes relais de l’hyperbourgeoisie mondiale : les bourgeoisies intellectuelles médiatiques et institutionnelles des grandes capitales travesties dans une bien-pensance de gauche, les bobos de David Brooks. Sous réserve d’en étudier les attributs plus larges que le repérage purement culturel de D.B., liés aux conjonctures et situations nationales, ces nouveaux complexes de classes constituent un objet d’étude indispensable, adossées en France non seulement aux media et à la monopolisation de toutes les scènes sociétales, mais à l’État culturel, avec une plus ou moins grande hégémonie sur une plus vaste (et conceptuellement plus floue) classe culturelle, telle que l’a définie Emmanuel Todd dans l’Illusion économique. Dans l’analyse de Poulantzas les classes qui ne sont que des ensembles dynamiques entre virtuel et réel et à géométrie variable, ne sont qu’une des manifestations historiques de l’ensemble logique plus large de forces sociales trouvant hors l’économie, dans la religion, les cultures territoriales, etc. d’autres bases à leur mobilisations sociétales et ou politiques. Loin de nous l’idée que la fécondité qu’une telle problématique de classe, dans un sens à la fois rigoureux et souple, soit totalement épuisée, sous réserve de toujours la situer dans une conjoncture historique et spatiale (les économies-mondes de Fernand Braudel, l’actuelle et singulière mondialisation), singularisée. Mais cette posture intellectuelle ne saurait ressusciter les formes abolies. Les ouvriers, pour autant que l’on puisse les appréhender unitairement, s’inscrivent désormais au sein du travail de l’emploi et surtout des formes de vie modalement hétérogènes, dans de vastes ensembles transclasses que la qualification de populaires nous paraît le mieux approcher, sous réserve d’inventaires sans fin (c’est cela une science sociale : à jamais inachevée). Supplémentairement à cette approche théorique abstraite, un indice politique fort de la pertinence d’une telle conceptualisation nous en semble donné par la disqualification du populaire, des peuples et évidemment de leur constitution politique comme nations souveraines, de la part des classes mondialisées et de leurs relais (post ?) nationaux. Cette disqualification est active et manifeste depuis le tournant de 1984 avec le Vive la crise ! , des autoproclamées élites ex de gauche voire ex communistes ou gauchistes, version soixante-huitarde. Elle vaut pour les peuples et cultures populaires. Elle vaut pour ceux qui, dans les sciences sociales s’inscrivent dans une problématique qui refuse de disqualifier à la fois les concepts et la réalité charnelle vivante des personnes dont les attributs participent des trois acceptions du populaire, la plèbe travailleuse (l’essentiel du salariat), les symbolisations et valorisations relativement communes transversales à de multiples ensembles sociaux, les peuples nations à vocation souveraine dans l’anthropologie qui s’origine dans le printemps de 1789. (Extrait de J Réault, Documents pour servir à la communication aux journées d’Habiter-Pips Axe III Amiens 5 décembre 2008.

[14] Selon l’expression devenue canonique et le livre de H. Hamon et P. Rottman. Ramsay Mac-Donald. 1984.

[15] ]Voir sur ces concepts nos articles Retour des peuples ?-I- Les milieux populaires du Non français d’avril 2005 Analyse au vif des composantes du NON français au referendum de l’Europe des oligarchies. Retour des peuples II- Peuple politique Peuple social Peuple sociétal, pour un lieu commun des sciences sociales Essai de sociologie politique Février 2009, www.sociologie-cultures

[16] Relaté sur des documents de première main par François Matheron – site web

[17] Dir. J Deniot, Libre prétexte. Disponible.

[18] Où va la classe ouvrière française ? , Où va le mouvement ouvrier français ?, Où va la culture ouvrière française ? (Sociologie du travail 1989 -I-). La façon de titrer est verretienne, – mais le rival de la très officielle Documentation française, Olivier Schwartz et l’adversaire (J N Rétière), n’avaient-ils pas déjà donné l’exemple du mimétisme rival?-, à ceci près qu’une salubre modestie, peut-être leur a fait abandonner la prétention prophétique attribut divinatoire du, seul, maître. JPM se range à cette modestie conforme. On est passé du devenir prophétisé à la présentification quasi tautologique. Mais de ce fait il se coule, et tout aussi littéralement dans une référence, très officielle (éditée en 1994 par la Documentation française, après l’effondrement socialiste de 1993, mais commandé en un temps où la présence socialiste dans l’État croyait encore utile de se justifier par la conscience philosophique d’autrefois) sous les plumes conjuguées J-N Rétière et O. Schwartz, se disant avec chacun leur modalité de distance, hérétiques mais restant fascinés par le fondamentalisme de M. Verret. L’anachronisme de l’expression était déjà radical et l’année même de l’édition, E Todd l’avait magistralement montré dans son essai sur le malaise politique français (Fondation Saint-Simon) ; c’était désormais ce nouvel ensemble pertinent “les classes populaires” qui constituait la forme et le pôle pertinent de la contradiction sociétale principale face aux dites “élites” et dans les rapports sociaux de la mondialisation. Peut-être la classe ouvrière réduite au minimum du mot, trouve t elle là dans cette illusoire survie insufflée par des intellectuels d’État, son ultime mention

[19]Il est vrai que son commanditaire travaillait parallèlement et très activement à la disparition intellectuelle et matérielle du Lestamp de sa directrice (qu’il fit coller sur une liste de proscription dans sa propre Université) et de l’auteur de ce texte et que son action visible s’était déjà manifestée à deux reprises Par une tentative de disqualification solennelle du populaire du Lestamp dans le colloque du GDR Opus (Les peuples de l’art octobre 2002; Edition J Deniot A Pessin L’Harmattan 2004) ), à Nantes même, en ayant exigé la communication inaugurale, menée par son complice et éditeur Bruno Péquignot et le nouveau mari de sa dernière entreprise de découpage dans le vif (de l’œuvre de Joëlle Deniot), Alain Pessin. Nous avons (comme membre du comité de lecture du livre, soigneusement conservé ce texte d’anthologie dans l’édition sous la rubrique Déconstruction). Et comme cela n’avait pas suffi l’hallali fut tenté par une mise au mur du lynchage public de la directrice du Lestamp le 26 janvier 2003, avec la bénédiction écrite de Michel Verret et de ses amis. Jean-Paul Molinari était encore vivant et membre du Lestamp. Après la délicate suggestion de devenir cendre qui lui avait personnellement été faite dans ses Mélanges, et cet autre exercice in vivo de la scène capitale, l’effroi qu’il nous manifesta était tout sauf feint. Il n’en termina pas moins son texte et le remis à son commanditaire, trois mois avant de disparaître.

[20] Outre les références déjà données supra, voir pour l’exhaustivité de ces titres l’article précisément écrit par J P Molinari dans le Mouvement social et intitulé La sociologie de la classe ouvrière de Michel Verret.

[21] Le désastre scientifique des SES. L’invention de cette formation finalisée sur l’enseignement secondaire et très scolaire qui par une dérive de l’institution devint une vivier de recrutement d’universitaires très formatés devrait être interrogée comme une des composantes de la crise des sciences sociales puisqu’elle donne un statut sanctionné d’éminence scientifique à des enseignants encore supposés chercheurs qui se réclament à la fois de l’histoire, de l’économie, de la sociologie, alors qu’ils n’ont dans aucune de ces matières une formation fondamentale achevée dans le sens et les exigences où on l’entend au sein de chacune de ces disciplines, et dont le recrutement favorisé par la clôture idéologique fascinante de leur propos, passe par les réseaux de pouvoir des sciences sociales des ENS et des IEP, d’où semble avoir disparu le critère scientifique de la réfutabilité au profit de la clôture systémique d’un savoir supposé achevé, à l’instar de l’illusion requise dans un manuel d’enseignement secondaire, mais épistémologiquement désastreux pour l’invention au niveau de la recherche fondamentale.

[22] Allons plus directement à notre cible ici : l’immobilisation mentale de ceux qui prétendent encore vif ce qui est mort, et les classes sociales d’hier transférables dans les sociétés de la mondialisation ne signifient pas forcément l’obsolescence définitive d’une heuristique de classe. Nous en traitons largement dans la communication pour la Journée Retour réflexif sur des itinéraires de recherche de l’EA de l’Université de Picardie Jules Verne, d’Habiter-Pips, Axe III Amiens 5 décembre 2008. J Réault, L’en soi, le pour soi, le chez soi… à paraître sur sociologie-cultures.com.

[23] Ainsi les ouvriers nazairiens (de l’aire d’emploi de Saint-Nazaire) ou en meilleure rigueur, y compris marxienne certaines de leurs actions collectives déclarées, pourraient passer, comme “de classe ouvrière”. Il n’y a pas pour contredire cela encore d’anatopisme (Michel Tournier, Vus de dos. Gallimard.) : Saint-Nazaire, le jour en tout cas, reste une des rares villes authentiques, c’est à dire microcosme relatif de toute la société, avec Saint-Etienne et Marseille, tant que des peuples œuvrant mais aussi, ouvriers se retrouveront dans ses chantiers et qu’elle ne sera pas ridiculisée par le “sur mer” dont veut l’affubler, pour singer du Nantes bobo de J Blaise et J Marc Ayrault, la réduction spectaculaire marchande à l’image, son maire post-chevènementiste. Quant à l’anachronisme, la mythique matrice, la fourme comme on dit en Auvergne, des paquebots des petits vieux mondialisés mais aussi des tankers d’un demi kilomètre, si braudélienne dans sa civilisation matérielle méprisant Le temps du monde (A Colin), n’a t elle pas la force titanesque de son propre temps ? Peut-être même existent aussi (mais dans quelles modalités spécifiques) comme une “classe ouvrière” coréenne, brésilienne en tout cas de Sao Paulo ?) ? Quant à “nos” Ouvriers de l’Ouest de 1984, ils étaient au bord du basculement mondialisateur et déjà on ne pouvait les décrire que d’un côté ou de l’autre du nouveau versant ; ceux que leur conscience mobilisée tirait encore vers l’être, c’est à dire l’éternité, glissaient tout aussi réellement , et en toute -tragique- conscience, (contrairement à toute définition distinctive univoque), vers le non être, dont tout admirateur du Poème de Parménide, sait aussi, et pour la consolation de toutes les nostalgies, qu’il est et qu’il n’est pas, et que la connaissance ( y compris philosophique), loin de se définir exclusivement par la rupture et la dénégation, puise dans le mythe et dans la
poésie ?

[24] Consulter les sites, www. sociologie-cultures.com, et www.lestamp.com.

[25] I Wallerstein, La Découverte.

[26] Une nouvelle servitude. Essai sur la mondialisation. François-Xavier de Guibert. 2003

[27] Monde Diplomatique Une nouvelle classe s’empare des leviers du pouvoir mondial. Naissance de l’hyperbourgeoisie. Août 1998. Bizarrement, pusillanimité ou lissage politique, Denis Duclos n’a jamais repris et valorisé son invention, qui nous paraît pourtant capitale, – et nous lui sous réserves d’adaptation contemporaine sans fin.

[28] JR De l’antimondialisme à l’altermondialisme, la question d’une servitude. In Guichard-Claudic, Lacombe, Papinot, De Bretagne et d’ailleurs. UBO. Brest 2004.

[29] Pour reprendre l’expression d’Alain Bertho. C’est à nos yeux un des rares sociologues qui aient échappé aux paroles gelées ou tordues concernant les ouvriers perdurant au sein de milieux populaires. Il a intégré d’entrée la territorialisation, solide garde-fou contre le déréalisme idéologique. Son propos concerne l’étonnante mutation de la banlieue rouge en banlieue, ( ou “quartiers”),pont-aux-ânes de beaucoup de déversements pseudo-savants le plus souvent induit par la demande politique et médiatique depuis le début des années 80.

[30]Jacky Réault, Formes de vie ouvrières et écosystèmes sociaux de reproduction. Nantes Cahier Lersco 1989.

[31] ATP CNRS, L’Ouest bouge-t-il ? Son changement social et culturel depuis 30 ans. Nantes, Vivant 1983.

[32] Mais qu’il avait interdit de citer à l’auteur de la thèse qu’il dirigeait et qui alla jusqu’à emprunter littéralement notre titre « ouvriers de l’Ouest » (son livre est édité par l’Harmattan sous le titre, Sociologie politique d’ouvriers de l’Ouest), sans la moindre citation de notre ouvrage pourtant devenu classique et référentiel. (cf. Y. Lacoste, M. Phliponneau, Bernard Kayser, Gérard Noiriel, J.R. Tréanton, Pierre Naville, etc. Michel Verret lui-même quand il n’en fait pas en acte manqué « paysans de l’ouest »). Le plagiat est devenu si banal dans certains placards de la discipline sous l’autorité de nos anciens camarades que dont nous avons trop longtemps intériorisé la fatalité. La dame qui a ainsi capté ce titre et ce découpage d’objet s’est réfugiée à l’extrémité la plus occidentale de l’Eurasie sous l’inspiration d’on ne sait quel Tournesol. A l’ouest, toujours à l’Ouest ! (Hergé, Le trésor de Rackham Le Rouge)

[33] Colloque international des 3, 4,5, décembre 2004, évènement fondateur public du Lestamp-Association, libre société savante associative que conquirent avec leurs seules forces et revenus privés les chercheurs refusant de briser leur coopération intellectuelle toujours féconde lors de la liquidation autoritaire de l’ex laboratoire d’Université en 1984, Le Lestamp. Édité en cdrom par J Deniot et J Réault, The societies of globalisation. Nantes Lestamp 2007 et disponible sur ce site

www.sociologie-cultures.com
Anne Réault

Etude de mains d’après l’autoportrait de Dürer (Le Louvre) 2009.

La main humaine ou l’unité anthropologique totale(Leroi-Gourhan) des arts, artisans, ouvriers, paysans, artistes. Arts Cultures et Sociétés Habiter-Pips Projet quadriennal 2010 ne peut rester emblématique du travail ouvrier si souvent démanuélisé, ou de multiples travaux supposés non ouvriers remanuélisés et mécanisés, que si on pense cette unité intelligente cultivée qui spiritualise toute pratique humaine et que pourraient symboliser ces mains de Dürer.

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Où en est la classe ouvrière ?

Jean-Paul MOLINARI

2003

CLIQUER

29 juillet 2014

bronze de Françoise Marbleu image offerte à Jacky Réault à l’occasion de la parution de

Joëlle DENIOT Antigone MOUCHTOURIS Jacky REAULT

Eros et liberté, Trois essais de sociologie et d’histoire

Paris Le Manuscrit Juillet 2014
Evenements

Colloque (Appel à communiquer)

Nantes

Le 8° Eté du Lestamp

La normalité

Une réinterrogation

-Vous avez dit normal ?

-Comme c’est normal !

se déroulera les 27, 28, 29 juin 2013

Un slogan au journal de TF1 fait de normal le mot élu de l’année 2012 sur les scènes mêmes qui l’en avaient banni. Si la vie normale est l’aspiration de ceux qu’elle fuit, l’idée d’une normalité des actes, idéaux, désirs est étrangère au discours admis, une faute de goût. Que signifie ce décalage, par quelles idéologies l’anormalité se fait norme, la conformité, normalité ?

Que disent encore, la sociologie hantée par les valeurs et l’évaluation, du tranchant statistique pour dire l’anormal et le normal, sinon la crise, l’ethnologie si la normalité de l’autre mue en relativisme mondain, les dites sciences du relativisme absolu du « construit social » courant à la normalisation d’Etat en tout « genre » ? A l’abrupt de la normalité s’éprouvent, l’aporie du no limit en lien aux oligarchies séparées du commun, la tyrannie d’un empire du bien fin de l’histoire en la mondialisation.

La normalité, la normativité, la norme, l’anormalité, l’anomie, la crise, la pathologie… des clés généralistes pour les social scientists, philosophes, juristes que cet appel mène à Nantes 27, 28 29 juin 2013 ?

Pour des interventions de vingt à vingt cinq minutes, débat non compris, les propositions en moins de mille signes seront à adresser avant le 7 juin, àjoelle.deniot@wanadoo.fr

et jacky.reault@wanadoo.fr

pour réponse avant le 3 juin 2013.

Consultez l’appel à communiquer

Nantes

Semaine du 4 au 10 mars 2013

a la Galerie Atelier-Expo

14 rue Joseph Caillé

http://atelierexponantes.blogspot.fr/2013/01/mireille-petit-choubrac-exposition.html ,

se déroulera l’exposition des dessins, encres, gouaches, fusains, de Mireille Petit-Choubrac qui a illustré le livre Edith Piaf, la voix le geste l’icône.. Paris, Le livredart (cliquer).

Le vendredi 8 mars

lors du vernissage (18 h 30), Laurent Danchin, critique d’art, animera à partir de 19 h 15 15 une table ronde qui permettra à l’artiste, à l’auteur, Joëlle Deniot, et à son préfacier, Jacky Réault, d’expliciter le sens et les enjeux artistiques, sociologiques et anthropologiques d’un tel ouvrage.

Que signifie l’insertion pérennisée dans une culture populaire et commune française comme universelle, de la voix iconisée et des chanson d’Edith Piaf ?

Quel est le statut intellectuel d’un tel ouvrage très singulier entre sciences sociales revisitées et culture commune ?

Un débat sera ouvert avec la salle à l’issue duquel la chanteuse Violaine Guénec et l’accordéoniste Bertrand Bugelinterpréteront des chansons d’Edith Piaf.

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Jacky Réault

40 ans de sociologie ouvrière

Août 2014, Un colloque international et la publication d’un ouvrage sur l’apport des intellectuels grecs en Europe (A. Mouchtouris P. Christias, Actualité de la pensée grecque, Paris, Le Manuscrit juillet 2014, a été l’occasion pour Jacky Réault de revenir à la fois sur la genèse de sa sociologie ouvrière et sur l’histoire idéologique du département de sociologie de Nantes fondé par Michel Verret et Jean-Claude Passeron en 1967,

J Réault, De Nicos Poulantzsas à Cornelius Castoriadis, deux ponctuations grecques grecques d’un itinéraire sociologique en France (1968-2009)

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Sur la sociologie politique de Jacky Réault

Carte synthétique extraite de “Nicolas et Ségolène…” (Sociologie des présidentielles et formes de prolétarisation J Réault 1989, 2010.)

Nous empruntons les systèmes familiaux à E. Todd, dans notre problématique des écosystèmes sociaux (populaires) du développement. (JR Lersco 1989).

Ouvriers de l’ouest

Principal article de l’Ouest bouge-t-il ? Nantes, Vivant 1983

www.lestamp.com/livre.ouvriers.de.l.ouest.jacky.reault.l.ouest.bouge.t.il.htm

http://sociologie-cultures.com/articles/de.la.classe.ouvriere.aux.mondes.ouvriers..htm

 

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